Prologue

Composition de M. Edouard Detaille (1884)
"Diplôme des victimes du devoir"
Victime du devoir désigne une distinction honorifique française attribuée par décret du Président de la République, parue au Journal Officiel, à un membre de la fonction publique ou assimilé, ayant trouvé la mort à la suite d'un acte de dévouement accompli dans l'exercice de ses fonctions.

C'est sous la IIIème République, à la Préfecture de police, qu'il a été décidé de distinguer, d'honorer les policiers morts en service pour saluer la bravoure de ceux qui en avaient fait preuve, en leur conférant la qualité de "victime du devoir". En plus de la dotation d'un fonds spécifique destiné aux familles endeuillées, elle offrait un protocole pour la prise en charge d'obsèques officielles, publiques et dont le rituel semblait susciter un réel émoi dans la population parisienne.

Cependant, tous les policiers tués en service n'ont pas systématiquement obtenu cette qualité. Il convient d'apporter quelques précisions.

Les règles d'attribution de cette distinction apparaissent complexes à la simple lecture de sa définition, à savoir des interprétations variables données aux notions d'acte de dévouement, de devoir ou à l'expression "dans l'exercice de ses fonctions". Quid d'un policier tué, renversé accidentellement par un véhicule, alors qu'il se trouve en faction devant un bâtiment officiel (ex. Greze, 1988), d'un policier tué dans un acte de courage manifeste, mais en dehors de ses heures de service (ex. Nicotra, 2003) ?

Ce mémorial regroupe les policiers morts en service, selon la seule règle suivante.
 

Article 27-20 du règlement intérieur de la police nationale
Le fonctionnaire est considéré en service:

a - entre l'heure de la prise et celle de la levée du service y compris les pauses, sauf dans le cas où il s'absenterait sans autorisation pendant les heures où il est tenu d'exercer ses fonctions ;


b - lorsqu'il se rend à son service ou en revient directement


c - lorsque, même en civil, il intervient sur réquisition ou d'office dans une affaire pour laquelle son intervention serait obligatoire s'il était en uniforme;


d - dans toutes les circonstances où il accomplit, quel que soit le lieu, un acte de courage ou de dévouement.


Dans tous les autres cas, le fonctionnaire est considéré hors service.


De nos jours, il existe bien des stèles en l'honneur des policiers tombés en service et les différentes associations et comités locaux perpétuent leur mémoire de façon remarquable. Mais aux prémices du 21ème siècle, il n'existe aucune plateforme commune à tous ; à l'instar d'autres pays qui réalisent depuis des décennies des enquêtes pour se souvenir, mais produisent également des analyses publiques afin d'adapter les formations initiales et continues des recrues, pour mieux appréhender les situations à risques.

En dix ans, Stéphane Lemercier, officier de police en fonction à Montpellier (Hérault), a été l'initiateur d'un travail colossal de recherches sur les victimes du devoir dans la Police Nationale. Il a mené à titre personnel des recherches sur les policiers français tués en service sur près de deux siècles et a produit un livre très fourni sur le sujet. En l'an 2000, il a créé un site, aujourd'hui fermé, qui leur rendait hommage.

A défaut d'une politique mémorielle cohérente, depuis 2012, j'ai décidé de poursuivre sa démarche en créant ce mémorial digital, en apportant de nouveaux noms, en recoupant le maximum d'informations sous forme de récits circonstanciés, et neutres.

Depuis toujours, la médiatisation de grands procès autour de sujets clivants comme la peine de mort, la légitime défense ou l'examen magnifié de la personnalité des meurtriers de policiers ont sans doute contribué à occulter des mémoires les noms des victimes. Avant l'existence de ce mémorial, s'agissant de décès résultant d'actes de banditisme, trouver des informations publiques sur ces dernières était un exercice difficile sans d'abord rechercher des articles sur les meurtriers.

Le temps les a parfois oubliés, mais chacun de ces policiers avait un visage, une famille et une histoire personnelle. Malgré tous les maux que peuvent produire la société et la pratique d'un métier hors norme, tous avaient la même aspiration lorsqu'ils ont vécu leurs derniers instants : celui de servir et d'aider leur prochain. Ils n'ont pas reculé. Comme vous, policiers, ils ont vécu des situations périlleuses, et se sont sans doute demandés s'ils vivraient la minute d'après. Ils ont pris leur service, ri autour d'un café, sans vraiment imaginer qu'un évènement, une décision à l'instant T, ou la place qu'ils ont choisi dans le véhicule d'intervention allait changer le cours de leur existence.

Se souvenir est un devoir. Lisez ces récits, partagez-les.

"Sergent de ville" administrateur du mémorial
Membre de l'association "Police - Action Solidaire"


Références :
Policiers dans la ville de Q. Deluermoz, "chapitre 8. les funérailles des victimes du devoir"
"Victimes du devoir" de Stéphane Lemercier (2011) éd. du Prévôt
Avant-Propos de Jean-Marc Berlière, historien