lundi 23 mai 1977

Alain PRADINES

1977 - Le gardien de la paix Alain Pradines est abattu par un détenu en cavale au terme d'une longue course poursuite dans les rues de Paris. 

Né le 21 Octobre 1945 à Saint-Ouen, il laisse une femme qui ne se remettra jamais de sa mort et une petite fille de dix ans prénommée Laurence.

Entré dans la police en Décembre 1966 alors qu'il n'a que 21 ans et tout jeune père, il est affecté à la circonscription de Boulogne-Billancourt jusqu'en 1971 ; année où il rejoint la brigade anticriminalité des Hauts-de-Seine. 

Volontaire et courageux, son dossier administratif accumulait les lettres de félicitations de sa hiérarchie. Nommé brigadier de police à titre posthume, Alain Pradines repose désormais au cimetière de Neuilly-Sur-Seine.

Page réalisée avec l'aimable autorisation de sa famille.
Lundi 23 Mai 1977, 1h17 du matin. Un chauffeur de taxi parisien stationne sa Peugeot 504 verte face au N°11 de l'avenue Victor Hugo à Neuilly-Sur-Seine (Hauts-de-Seine). Il accompagne une personne âgée jusqu'à son hôtel, en laissant tourner le moteur. Lorsqu'il revient, plus aucune trace de la voiture.

La victime trouve un car de police secours qui effectue une ronde et les policiers diffusent aussitôt une alerte par radio. Un véhicule Simca 1100 monté par trois policiers de la brigade anticriminalité de la direction départementale des polices urbaines des Hauts-de-Seine (actuelle DTSP 92) repère et prend en chasse le taxi sur le Boulevard Bineau. Mais le conducteur n'entend bien évidement pas s'arrêter.

Ce dernier prend tous les risques et roule à vive allure en direction du 8ème arrondissement de Paris. Il emprunte l'Avenue de la Grande Armée à très grande vitesse, atteint la Place de L’Étoile et gagne l'Avenue Hoche. Il est suivi également par deux motards de la préfecture de police. Rue de Lisbonne, Avenue Ruysdael,... Le malfrat se retrouve finalement acculé vers la Place Rio de Janeiro, dans une impasse du Parc Monceau.

Vers 1h35 le gardien de la paix Claude Rocourt stoppe la Simca juste derrière le taxi. Les gardiens de la paix Alain Pradines et Maurice Kirn se sont déjà extraits du véhicule de police pour interpeller le gredin. Ce dernier qui tentait en vain d'escalader les immenses grilles du Parc Monceau sait qu'il est pris au piège. Il saisit un revolver et tire sans hésitation à plusieurs reprises en direction des policiers.

Maurice Kirn, trente-quatre ans est grièvement blessé à la poitrine. Alain Pradines, trente-deux ans, est atteint mortellement au cœur alors que le malfaiteur laissait choir son arme avant d'en saisir une deuxième. Ce dernier est finalement arrêté, mais il a volé une vie, il s'agit de Jean-Pierre Derycke, trente-six ans. Condamné en Mai 1975 à une peine de neuf ans de prison pour divers vols qualifiés commis avec violences, il a pourtant bénéficié d'une permission de sortie de cinq jours pour bonne conduite en... avril 1977. Il n'a bien entendu jamais rejoint la maison d'arrêt.

Jeudi 26 Mai 1977. Les obsèques officielles du gardien de la paix Alain Pradines sont célébrées dans la cour de la Préfecture de Nanterre. Nommé brigadier de police à titre posthume, il est le premier policier des Hauts-de-Seine victime du devoir depuis la création de ce département. (voir encart)

Vendredi 29 Septembre 1978. La cour d'assises de Paris condamne Jean-Pierre Derycke à la réclusion criminelle dite à perpétuité.



Sources et références :

Entretien avec Laurence Pradines (sa fille)
Journal télévisé du 23/05/1977 (reportage vers la 20ème minute)
Le Monde, article du 30/09/1978 de Josyane Savigneau, "Caricature"
Le Monde, article du 02/10/1978 de Josyane Savigneau, "Derycke est condamné à la réclusion criminelle à vie"

6 commentaires:

  1. Cher Monsieur,

    C'est en frappant le nom de votre malheureux collègue, comme je le faisais souvent depuis des années, que je suis tombé sur votre site. Si attendu, si respectable.
    Emotion à lire le douloureux témoignage de sa fille, à l'enfance brisée auprès d'une maman anéantie. Sans qu'elles l'aient jamais su, il n'y a pas de jour où je n'ai repensé à leur drame.
    La raison est que j'ai été le seul témoin "non-policier" à être intervenu ce soir là dans poursuite de Derycke.

    Âgé de 25 ans, tout en terminant mes études, ma passion de la photo m'avait conduit à "travailler" en free-lance pour des agences de presse. Mes appareils ne me quittaient jamais. En voiture, toujours sur le siège passager, prêts à saisir tout évènement insolite. Et Paris, la nuit, n'en manquait déjà pas.

    Ce soir-là, rentrant chez mes parents, étant sur le point de me garer à l'angle de la rue Saint-Ferdinand et de l'avenue de la Grande Armée, j'aperçois abordant à toute allure la porte Maillot, un taxi venant de Neuilly suivi de très loin par une voiture de police. Le taxi fonce vers l'Etoile. Dans une réaction irraisonnée je le prends en chasse dans le but de le coincer... et pourquoi pas de faire quelques clichés.
    Je remonte à sa hauteur, sur sa gauche, ayant grillé avec lui tous les feux de l'avenue de la Grande Armée. On arrive à une vitesse folle sur la place de l'Etoile. Je suis à côté du taxi, à moins de 2 mètres. Derycke se tourne vers moi et voyant l'appareil photo que je tends vers lui, manque de m'envoyer sur les grosse bornes qui entourent l'Arc de Triomphe. La voiture de police nous a presque rattrapés. Deux motards de la Police nous rejoignent. Je lève le pied, laisse tout le monde passer et quitter l'Etoile par Wagram, Friedland ou Hoche (je ne me souviens plus). Dans les minutes qui suivent, d'autres véhicules de Police se mettent à sillonner la bordure 8ième/17ième. Derrière le parc Monceau, j'aperçois la voiture de Police de tout à l'heure s'engager dans l'une des deux petites voies qui forment impasse par les grilles du parc.
    Le drame vient de se jouer il y a quelques secondes. Alain PRADINES est étendu à droite, à quelques mètres de l'entrée de l'impasse. Les motards cherchent Derycke qui s'est caché parmi les arbres et les bosquets qui longent l'impasse devant les immeubles. Ils pensent un moment qu'il a pu sauter les grandes grilles du parc dont personne n'a les clés. Le corps de Monsieur Pradines est recouvert. L'un de ses collègues, blessé est emmené; Des forces de Police arrivent en nombre. Je ressors à pieds de l'impasse. Derycke est retrouvé. Embarqué. L'impasse et les abords fermés à toute circulation car les premiers inspecteurs n'ont pas la certitude que Derycke était seul.
    Je suis à l'entrée de l'impasse et me permets d'assurer à un enquêteur que Derycke était bien seul dans le taxi. Il me demande d'apporter ce témoignage capital car ils n'en ont pas d'autres.
    Je récupère ma voiture et file avec lui pour le Quai des Orfèvres où il prend ma déposition après être passés ensemble quelques minutes au commissariat du Rond-Point des Champs-Elysées.

    Je ressors du 36 vers cinq heures. Avant de rentrer chez moi je passe au labo photo de France-Soir rue de Réaumur afin qu'un ami du labo me tire le film. Malheureusement les clichés de la poursuite sont inexploitables. Seule une photo dans l'impasse est sauvable. Je ne voudrai pas la vendre. Et ne l'ai jamais plus regardée.

    Seul témoin "civil", je déposerai au procès conduit par Monsieur Dauwling-Carter et lèverai tout doute quant à l'éventuelle culpabilité d'un complice évanoui dans la nature comme aurait bien aimé le faire croire la défense de Derycke.

    Avec mes plus respectueux encouragements.

    E.R.

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  2. Bonsoir à tous, vous lecteur de cette page...
    Voilà 36 années de perdues pour moi sans un papa... Je remercie le témoin n°1 de ce drame et surtout ce blog. Il m'a apporté non seulement quelques réponses, mais aussi des contacts humains merveilleux...
    Aujourd'hui, je voudrais soutenir les familles qui après le drame qu'elles vivent, les encourager pour le mauvais moment du jugement..
    Savoir s'entourer de bons avocats... Faire attention qui nomment l'avocat (pas d'office ! prenez le moment de vous entourer de la bonne personne)... Travailler sa défense en amont (malgré le chagrin) ! Un avocat inactif... peut bouleverser une plaidoirie.... malgré un avocat général actif... Protégez vous

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    1. Ravi de lire ce commentaire. Je partage. Amitiés.

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    2. Bien malheureuse cette justice.... qui n'a pas évoluée depuis tout ce temps, simplement arrêté des petits délinquants et remettre les "vieux délinquants dehors pour faire de la place" c'est ça les nouvelles réformes des prisons !!!! Même pas des peines purgées complètement... car en effet les époques ont évolué avec beaucoup plus de délits.... mais les structures non pas évoluées... donc remettons les vieux dehors (alors qu'ils peuvent encore faire du mal) et laissons les jeunes se faire quelques semaines à l'abri en vacances...

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  3. BONJOUR LAURENCE - depuis des années je recherchais Alain Pradines,par l'intermédiaire de Facebook et copains d'avant et il y en avait tellement je n'avais rien trouvé et pour cause - a force de chercher je suis tombée sur cet article , ayant connu Alain en 1962, mes photos sont différentes, mais c'est la date de naissance qui m'a donnée un coup au coeur car nous étions a 1 an d écart moi je suis du 21 octobre 1944 et j'ai continuer les textes et j'ai eu la confirmation que c'était lui car je savais qu'il demeurait à St.Ouen avec ses Parents . nous nous étions connus en vacances dans les gorges du Tarn avec ses Parents et la petite-Soeur qui devait avoir 115 ou 17 ans d'écart puis nous sommes restés en relations quelques temps et chacun a fait sa vie de son côté et depuis un certain temps j'avais décidé de retrouver des amis ..je suis anéantis par cette nouvelle si triste surtout pour vous et vos Familles , j'y pense tous les jours c'est affreux ..je ne sais pas si je peux vous demander de savoir a quel cimetière il a été enterré afin de pouvoir m'y rendre , j'ai l'impression qu'il me manque une béquille tout d'un coup et je compatis à votre douleur je vous transmets mon mail et mon nom si vous voulez bien me répondre. Recevez toute mon amitié.
    Geneviève SECQUEVILLE
    genevieveb44@gmail.com

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    1. J'ai transmis votre message, Geneviève. J'ai également ajouté le lieu d'inhumation d'Alain a la fin du texte. Amitiés.

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