Jean-Pierre OLIVE

1981 - Le gardien de la paix Jean-Pierre Olive est tué au cours d'un braquage de banque à Paris.
 

Originaire de Rieux (Oise), il n'avait que 22 ans. Mariée à Brigitte, il est entré dans la police en 1980.

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Mercredi 15 Avril 1981. Quatre malfaiteurs lourdement armés font irruption dans une succursale de la Banque Nationale de Paris, sise Place des Ternes dans le 17ème arrondissement de Paris. Le commando, composé de trois hommes et d'une jeune femme blonde, s'empare de 30.000 francs.

La même scène s'est produite une demi-heure plus tôt dans un Crédit Agricole de la Rue la Boétie, dévalisée par une autre équipe de gangsters. De fait, une procédure est déjà enclenchée lorsque le braquage de la place des Ternes a lieu : des équipages de police se portent à chaque carrefour important, munis de gilets pare-balle et de pistolets mitrailleurs.

L'un des cars de police s'annonce à l'intersection des Avenues des Ternes et Wagram. A cet instant, l'équipage est prévenu par radio qu'un autre hold-up est en train de se commettre juste derrière eux. La patrouille s'engage rapidement Place des Ternes et se stationne face à la BNP. Mais elle tombe sur les malfaiteurs qui font immédiatement feu en direction du véhicule de police.

En position de chauffeur, le gardien de la paix Jean-Pierre Olive, vingt-deux ans, n'a aucune échappatoire. Il est mortellement atteint par un projectile de calibre 11,43 à la tête. Une trentaine d'impacts de balles recouvrent la carrosserie du car police-secours.

Répartis dans une Renault 14 claire et une Renault 18 bronze, les cinq malfaiteurs prennent la fuite en empruntant les petites rues. Les véhicules empruntent deux directions différentes. La R18 prend la direction de Neuilly-sur-Seine, mais elle percute un taxi à l'intersection de la Rue du Château et de la Rue Victor Hugo. Un autre car Police-Secours surgit : nouvelle fusillade très nourrie. A cet instant l'un des truands identifié comme étant de type "eurasien" s'est positionné derrière un véhicule en stationnement et tire au pistolet mitrailleur. Les policiers n'ont que le temps de se coucher dans leur véhicule, maintenant criblé de balles. Les malfrats finissent par dérober une Golf GTI en extirpant son conducteur et abandonnent armes, postiches et butin dans la R18. Ils prennent définitivement la fuite.



L'enquête est confiée à la Brigade de répression du banditisme dirigée par le commissaire divisionnaire Serge Devos. La piste d'Action Directe est privilégiée, d'autant qu'au début de l'année 1981, l'état major de la police judiciaire est prévenue de façon anonyme que l'organisation est en train de renaître. AD est une jonction de plusieurs mouvements autonomes communistes révolutionnaires dont l'activité terroriste se résume à une lutte armée contre l’impérialisme capitaliste, le fascisme, les symboles de la puissance de l’État, le grand patronat, aux moyens d'attentats à l'explosif, de mitraillages de façades, d'enlèvements de personnalités, etc.

Active dès 1979, cette organisation se démarque des autres groupuscules par une organisation plus structurée. Leurs membres n'utilisent plus de squats minables facilement repérables et louent discrètement des appartements sous de faux noms ou par le biais d'intermédiaires peu soupçonnables, pour stocker armes, explosifs, et y produire de faux documents. AD est également soutenue sur le plan logistique et tactique par des sections terroristes internationales. Leur unique mode de financement est le hold-up ; ce qu'AD désigne d'ailleurs comme une « réappropriation prolétarienne ». Les braquages effectués par des petits groupes d'hommes et de femmes sont une forme de signature mais ne sont jamais revendiqués "officiellement", comme le sont leurs attentats.

Les Renseignements généraux fournissent à la BRB un album photo des membres et sympathisants d'AD. Bien que cette organisation soit très affaiblie par les arrestations d'une quinzaine d'entre eux, dont  leurs leaders Jean-Marc Rouillan et Nathalie Ménigon, les contacts se multiplient. On convoque la quarantaine de témoins présents lors des fusillades du 15 Avril. Deux noms vont surgir.

La jeune femme coiffée d'une perruque blonde serait Joëlle Aubron, mais elle bénéficie rapidement d'un non-lieu à l'instruction. Quant à "l'eurasien", il est formellement reconnu par les six policiers présents dans le car de police pendant la fusillade de Neuilly. Il s'agit d'une relation de Joëlle Aubron, un certain Philippe Gobain, vingt-cinq ans, fils d'une mère française et d'un père vietnamien. Il est interpellé dans la nuit du 13 mai 1981 au cours d'un cambriolage dans un établissement scolaire, dans lequel il laissait des inscriptions sur les murs.

20 Septembre 1983. Le procès de Philippe Gobain se tient à la cour d'assises de Paris présidée par Guy Floch. Il nie farouchement sa participation d'autant qu'aucune preuve ne le relie directement. A la barre, deux des six policiers se montrent plus hésitants pour le désigner formellement. En outre, la cour apprend que la photo de Gobain a été présentée "officieusement" aux policiers avant leurs dépositions.

Fait très rare, le président de la cour Guy Floch décide de "transporter" la cour d'assises sur les lieux de la fusillade pour une reconstitution en présence des jurés. Sur place, il est établi que les policiers se trouvent à une distance de 23 mètres du tireur présumé, ce qui laisse les jurés circonspects. Gobain est acquitté.

L'enquête n'a jamais permis d'établir un lien entre les braquages du Crédit Agricole de la Rue de la Boétie et de la BNP de la Place des Ternes. Bien que la piste d'un groupuscule autonome en lien avec Action Directe soit privilégiée, les auteurs du braquage restent à ce jour non identifiés.

Bien malgré lui, le gardien de la paix Jean-Pierre Olive reste « la première bavure du terrorisme symbolique ». Il est le visage du premier meurtre attribué à Action Directe, alors même que la campagne présidentielle bat son plein. Le meurtre de ce simple policier au cours d'un braquage n'est d'ailleurs traité qu'au bout de vingt minutes de journal télévisé.


Sources :
Action Directe, par Alain Hamond et Jean-Charles Marchand (éd Seuil, 1986)
Le Monde, article du 16/04/1981, "Un policier tué à Paris après un hold-up"
Le Monde, article du 17/04/1981, "Après le meurtre d'un gardien de la paix [...]"
Le Monde, article du 22/05/1981, "Un militant autonome inculpé d'homicide volontaire sur un policier"

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