mardi 22 novembre 1983

Claude HOCHARD

Crédit photo : Chantal Chagot Huyet (tous droits réservés)
1983 - Le gardien de la paix Claude Hochard est abattu par un motard au terme d'une course poursuite dans les rues de la capitale. Il avait trente ans.

Originaire de Courant en Charente-Maritime, il était père de deux enfants nés d'un premier mariage. Ce passionné d'haltérophilie venait de remporter deux jours avant sa mort le titre de champion de France dans sa catégorie.

Il est nommé brigadier de police à titre posthume et cité à l'ordre de la nation.
Lundi 21 Novembre 1983. Place de la Concorde, deux motards de la Préfecture de police, affectés aux équipes de répression spéciales de nuit (ERSN), remarquent le pilote d'une moto rouge dont l'engin est dépourvu de feu de position arrière. Il est 23h50.

L'individu qui prenait la direction de l'Arc de Triomphe est rattrapé sans mal par les policiers. Le contrôle se passe très bien et ce dernier se montre calme et sûr de ses réponses. Mais dépourvu de pièces d'identité, il donne une identité verbale, qui s'avèrera fausse.

Les motards décident logiquement de procéder à une vérification de son identité et lui demandent de les suivre jusqu'à la pré-fourrière de Balard dans le 15ème arrondissement de Paris.

Le destin des motards se joue à cet instant. Ils ne savent pas encore qu'ils escortent un meurtrier qui se sait recherché dans tout l'Hexagone.

Le gardien de la paix Patrick Steinmetz ouvre la voie avec sa moto. Alors qu'il s'engage le premier dans la pré-fourrière, le suspect effectue un brusque changement de direction et prend la fuite ! Mais le gardien de la paix Claude Hochard réagit aussitôt et tient la distance.

Alors que le suspect prend tous les risques en empruntant les grands boulevards extérieurs en direction du Bois de Boulogne, un accident s'y produit, et les deux motards se retrouvent au sol, Allée de la Reine Marguerite.

Le policier se relève et porte la main sur son arme de service. Dans le même temps, le suspect a déjà saisi un revolver qu'il dissimulait sous la selle de son engin et tire trois fois. Le malheureux policier reçoit deux balles de 7,65 dans la poitrine. Avant de mourir sur place, il est néanmoins parvenu à blesser son agresseur qui a pris la fuite à travers les bois.

Toutes les unités de police parisiennes sont en alerte, et des centaines de policiers patrouillent durant toute la nuit dans les rues du Bois de Boulogne pour retrouver le meurtrier. En vain.

La motocyclette est identifiée. Les enquêteurs remontent la piste jusqu'à un certain Lionel Cardon, vingt-cinq ans. Ce dernier est recherché pour un double meurtre commis à Pessac en Gironde à l'automne 1983. Les époux Aran ont été assassinés dans des circonstances ignobles dans le cadre d'un cambriolage qui a tourné à la séquestration (voir rappel plus bas).

A 10h20, l'Agence France Presse reçoit un coup de téléphone de Cardon. Il déclare, dans un communiqué retransmis à la télévision : être responsable de la mort du motard tout en se considérant en état de légitime défense ; être totalement étranger aux meurtres des époux Aran.

Jeudi 24 Novembre 1983. Les obsèques officielles du gardien de la paix Claude Hochard, trente ans, ont lieu dans la Cour d'honneur de la Préfecture de police.

Sinistrement, ce même jour, Lionel Cardon prend en otage Me Nicole Dreyfus à son cabinet d’avocate, Rue Nicolo dans le 16ème arrondissement de Paris, avec sa secrétaire, et la journaliste Annette Kahn qu’il a lui-même convoquée pour une interview. La prise d’otage dure neuf heures. Une fusillade éclate alors que des policiers du commissariat local sont sur le point de l'interpeller. Cardon tire et blesse grièvement le brigadier Jean-Pierre Molveau. La brigade de recherche et d'intervention est dépêchée sur place, et le Commissaire Claude Cancès obtient la reddition du forcené.

Samedi 15 Septembre 1984. Mme Martine Alligant épouse à titre posthume Claude Hochard à la mairie du 15ème arrondissement de Paris, consentement rendu possible par décret du président de la république.

Mercredi 16 Avril 1986. La cour d'assises de Paris condamne Lionel Cardon à la réclusion criminelle dite "à perpétuité" pour le meurtre du Brigadier Claude Hochard. Il se trouve en outre condamné à verser à la journaliste qui fut son otage rue Nicolo, le franc de dommages et intérêts qu'elle demandait ; à la veuve du brigadier Hochard 100 000 francs ; à la mère de celui-ci 50 000 francs, à son frère 20 000 francs, à sa première épouse et aux deux enfants mineurs nés de ce mariage 50 000 francs chacun ; au brigadier Molveau encore 50 000 francs et, enfin, à l'agent judiciaire du Trésor 1 817 000 francs représentant le montant des pensions, indemnités et capital décès que l'État eut à verser aux victimes. Autant de décisions qui, bien évidemment, n'ont jamais pu quelque jour être assorties d'une exécution...

Dimanche 14 Décembre 1986. La cour d'assises de paris condamne une seconde fois Lionel Cardon à la réclusion criminelle à perpétuité, peine assortie d'une mesure de sûreté de dix huit ans pour complicité dans les assassinats des époux Aran. Il s'est toujours dit étranger à l'issue dramatique de cette affaire.

Octobre 2012. Lionel Cardon bénéficie d'un régime de semi-liberté, puis d'une libération conditionnelle qu'il ne respecte pas dès 2013 en ne se présentant pas devant le juge. Il est par la suite de nouveau suspecté dans le cadre de vols à main armée commis à Toulouse en 2015 et incarcéré de nouveau !


RAPPEL SUR L'AFFAIRE ARAN


11 octobre 1983. Le corps de François-Xavier Aran est retrouvée dans la baignoire de sa villa à Pessac en Gironde. Cet éminent chirurgien bordelais a été ligoté de telle sorte qu’il a fini par s’étrangler dans ses liens. Sa femme Aline a disparu, de même que sa voiture. Les policiers de Bordeaux excluent rapidement la piste passionnelle. Selon les témoignages, le couple était très uni.

La famille lance un appel aux éventuels ravisseurs par l’intermédiaire de leur avocat. C’est à son cabinet que le 21 octobre, un homme appelle à plusieurs reprises. Il se présente comme un des ravisseurs. Les appels proviennent de cabines téléphoniques à Bordeaux.

Les policiers parviennent à localiser l’homme et le suivent. Ils ne l’interpellent pas au cas où Aline serait encore en vie auprès d’éventuels complices mais perdent sa trace. Un portrait robot est produit. Le 28 octobre, le corps d’Aline est retrouvé dans un bois près de Nevers, tuée plusieurs semaines auparavant d’une balle de 7,65 à bout touchant.

Les enquêteurs font le rapprochement avec un autre dossier de cambriolage où une carte d’identité appartenant à un certain Lionel Cardon a été retrouvée. Le rapprochement avec le portrait robot est évident. Il devient le principal suspect dans l'affaire Aran.

Lionel Cardon était sorti de prison au mois de février après avoir purgé une partie de sa peine de six ans pour vols qualifiés. En liberté conditionnelle, il doit donc pointer pour son contrôle judiciaire, les policiers l’attendent de pied ferme. Mais l'information a fuité dans la presse. Le quotidien régional Sud-Ouest publie en une le portrait-robot de "Lionel C". Tous les médias reprennent l’info et donnent son nom. Lionel Cardon part en cavale.


Sources et références :

Journal officiel du 24/11/1983, page 3407, "Citation à l'ordre de la nation"
Emission de Jacques Pradel, RTL du 11/11/2015 "L'affaire Lionel Cardon"
Émission "Faites entrer l'accusé", "La folle cavale de Lionel Cardon"
Le Monde, article du 23/11/1983, "Le principal suspect de l'affaire de Pessac avoue le meurtre d'un policier à Paris"
Le Monde, article du 25/11/1983, "Lionel Cardon retient 3 personnes en otages, un brigadier grièvement blessé"
Le Monde, article du 18/09/1984, "Oui posthume"
Le Monde, article du 08/04/1986, "Lionel Cardon devant les assises de paris"
Le Monde, article du 18/04/1986, "Lionel Cardon condamné à la réclusion perpétuelle"
Le Monde, article du 16/12/1986, "Lionel Cardon est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité"

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