Claude SCHAFFER

Portrait paru dans Le Parisien du 12/10/1984
1984 - Le gardien de la paix Schaffer
est lâchement abattu par un malfrat qu'il
est sur le point d'interpeller. Il avait 42 ans,
était marié et père de quatre enfants.
Jeudi 30 Août 1984. Michel Groult se promène dans une rue piétonne d'Auxerre (Yonne) avec sa grand-mère lorsqu'elle manque de se faire renverser par deux hommes à moto. Alors qu'il manifeste son mécontentement, ces derniers s'arrêtent. Le ton monte et Michel Groult reçoit un coup de poing en plein visage. Les motards repartent, mais la victime qui refuse d'en rester là, appelle la police.

Deux gardiens de la paix arrivent sur place. Munis du signalement des individus, ils les retrouvent à la terrasse d'un café : "La Tour D'Orbandelle", sur la Place des Cordeliers.

Les policiers pensent qu'ils vont régler un différend mais ils vont tomber sur deux malfaiteurs en plein préparatifs d'un vol à main armée, et suffisamment stupides pour avoir attiré l'attention. Il s'agit de Gilles Blanchard, vingt-quatre ans, et Abdelhamid Hakkar, vingt-neuf ans. Impliqué dans quatre braquages violents commis dans le Doubs et le Jura, ce dernier s'est évadé du palais de justice de Besançon en 1981 et se sait activement recherché.

Voyant que les policiers sont sur le point de les contrôler, les deux malfrats prennent aussitôt la fuite à pieds à travers les vieilles rues du centre-ville. Dans l'impasse Guinois, Blanchard parvient à s'échapper en escaladant un mur. Quant à Hakkar, il se retrouve face au gardien de la paix Alain Gounel et exhibe un Smith &Wesson 357 magnum. Il tire et blesse très grièvement le policier au ventre. Dans le même temps, le gardien de la paix Claude Schaffer est abattu d'une balle en plein coeur sans avoir pu dégainer son arme de service. Il avait quarante-deux ans.

Les malfrats parviennent à éviter les différends barrages de police et de gendarmerie mis en place, et quittent Auxerre en direction d'Avallon, 50km plus au Sud à bord d'une camionnette volée. Sur place, ils incendient le fourgon qui devait leur servir pour le braquage et se réfugient chez la soeur de Blanchard.

Samedi 1er Septembre 1984. Localisés par le SRPJ de Versailles, les deux truands et trois occupants sont interpellés au domicile de Maryline Blanchard, vingt-deux ans. Avec elle, son compagnon Thierry Pelissier, vingt-cinq ans, et Gérard De Stephano, vint-quatre ans, sont présentés devant le juge d'instruction pour "recels de malfaiteurs".



Mardi 4 Septembre 1984. Les obsèques du gardien de la paix Claude Schaffer, marié et père de quatre enfants, ont lieu à Auxerre devant le Ministre de l'intérieur Pierre Joxe. Nommé brigadier de police à titre posthume, il est cité à l'ordre de la nation.

Place Maréchal Leclerc - Auxerre
Décembre 1989. La cour d'assises de l'Yonne condamne Abdelhamid Hakkar à la réclusion criminelle dite "à perpétuité", peine assortie d'une mesure de sureté de dix-huit ans pour "meurtre, tentative de meurtre, vols avec port d'arme, vols avec violences". Après une série de renvois, Hakkar avait refusé de comparaitre et la condamnation a été prononcée en son absence. Son pourvoi en cassation sera rejeté l'année suivante. Son complice, Gilles Blanchard, est condamné à dix ans de réclusion criminelle, mais il bénéficiera dès 1992 d'une libération conditionnelle.

Juin 1995. Saisie par Hakkar depuis sa cellule, la Cour européenne des droits de l’homme juge le procès de 1989 inéquitable, arguant qu'entre le premier acte de l'instruction et la condamnation, six ans et demi ont passé en violation du principe du "délai raisonnable" dans les procès.

La Commission estime en outre que le refus de la cour d'assises de renvoyer le procès à une date ultérieure « peut être considéré comme ayant porté atteinte à l'activité essentielle de la défense qui était nécessaire à la préparation du procès ». Affirmant que « la défense n'a pas été assurée d'une manière suffisante et effective », la Commission déclare, à l'unanimité, que la France a violé l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme qui stipule que tout accusé doit « disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense » et doit pouvoir « se défendre lui-même ou être assisté d'un défenseur de son choix »

Mars 1997. Le comité des ministres du conseil de l'Europe estime définitivement que la France n'a pas respecter la convention des droits de l'homme dans l'affaire Hakkar et demande qu'un nouveau procès ait lieu. La somme de 62 000 francs à titre de dommages et intérêts est versé par la France à Abdelhamid Hakkar... Fait historique.

Février 2003. La cour d'assises de l'Yonne condamne à nouveau Hakkar à la réclusion criminelle à perpétuité, mesure assortie d'une peine de sûreté de dix-huit ans. Peine confirmée en appel en 2005.

Mars 2012. Alors considéré comme l'un des plus vieux détenu de France, Hakkar est libéré à cinquante-six ans sous contrôle électronique, après plusieurs années de procès tumultueux. Il fût déplacé à quarante-cinq reprises de prison après quatre tentatives d'évasion. Il a toujours nié le meurtre du brigadier Schaffer et avoir tiré sur son collègue, rejetant la faute sur un troisième individu anonyme imaginaire.

Le gardien de la paix Alain Gounel a pu assisté aux différentes audiences et à la libération d'Abdelhamid Hakkar depuis son fauteuil roulant qui ne le quitterra plus jamais. Hakkar bénéficie d'une discutable et complaisante couverture médiatique à cette occasion. De son côté, le tribunal de Colmar avait jugé que le maintenir en détention à la centrale d’Ensisheim n’avait plus guère de « sens ». Les familles des victimes apprécieront.


Sources et références:
Le Monde du 19/03/2012, "Libération d'Abdelhamid Hakkar, le plus vieux détenu de France"
Le Monde du 27/02/2003, "Hakkar condamné à la réclusion à perpétuité comme lors du procès de 1989"
Le Monde du 21/02/2003, "Vingt ans après les faits, le procès de Hakkar [...]"
Le Monde du 19/02/2003, "La France rouvre contre son gré le procès Hakkar"
Journal officiel 20/11/1984, page 3571 , "Décret portant nomination dans l'ordre de la légion d'honneur"
Le Monde du 04/09/1984, "Le meurtrier présumé d'un policier à Auxerre à été écroué" 
L'Yonne Républicaine du 06/11/2002
Libération du 20/02/2003
Le Monde du 26/02/2003
France Soir du 19/03/2012 

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