Patrick LE ROUX & Yves MEUNIER

2001 - Deux gardiens de la paix sont abattus dans un pavillon au Plessis-Trevise par des malfaiteurs surpris en flagrant délit de cambriolage.
Mardi 16 Octobre 2001. Un couple domicilié au 16 Avenue de la Sirène au Pléssis-Trévise (Val de Marne) avec leurs deux enfants âgés de vingt et seize ans, se préparent à aller travailler comme chaque jour.

Alors qu'ils s'apprêtent à quitter leur maison, plusieurs hommes fichés au grand banditisme les attendent, cagoulés, armés et déterminés. Informés que l'épouse a monté sa propre affaire de joaillerie, ces derniers espèrent trouver un coffre fort dans la demeure.

Les malfrats empoignent leurs victimes manu militari, et les entrainent jusqu'au pavillon où ils les ligotent, et leur couvrent les yeux. Gifles, menaces, interrogatoire. La famille vit un calvaire et s'imagine le pire à venir. Mais les malfrats ignorent que la nièce du couple âgée d'une vingtaine d'année, de passage, se trouve aussi dans la maison.

Cachée dans une salle de bain, elle contacte courageusement la police. Deux véhicules de police du commissariat de Chennevières-sur-Marne composés de cinq policiers arrivent très rapidement mais discrètement sur les lieux : le brigadier Patrick Le Roux, et les gardiens de la paix Paul Desbiens et Alexandre Riebel d'une part ; et les gardiens de la paix Yves Meunier et Lionel Levecq d'autre part.

Il fait toujours nuit lorsque le brigadier Le Roux se glisse, seul, dans la cour extérieure et remarque des malfaiteurs armés à travers une porte vitrée du pavillon. Il fait volte-face pour récupérer des gilets pare-balle lourds et organiser l'intervention. Mais les policiers sont coupés dans leur élan en percevant un cri de terreur provenant du pavillon, et qui les incite à agir vite.

Les policiers gagnent alors l'enceinte du pavillon et se partagent les directions. C'est là qu'un destin tragique se joue pour chacun d'eux. A l'intérieur les malfrats ont repéré les policiers et paniquent. L'un d'eux est surpris par le brigadier Le Roux et le gardien Meunier qui le ceinturent aussitôt, à la proximité immédiate de la piscine. Ils rengainent leurs armes pour le maitriser et le menotter. Les gardiens Levecq et Riebel surprennent de leur côté un individu cagoulé qui tente d'escalader un mur d'enceinte.

C'est à cet instant précis qu'un troisième malfrat quitte la maison et fait feu en direction des policiers. La scène se passe très vite. Frappés de plusieurs projectiles, le brigadier Le Roux et les gardiens Meunier et Levecq sont très grièvement blessés.

L'ensemble des complices prennent la fuite. Le quartier est bouclé par plusieurs dizaines de policiers venus en renfort. Le dispositif mis en place permet d'interpeller l'un des malfrats, alors qu'il se dissimulait sous un véhicule. Il s'agit de Djamel Bessafi, vingt-huit ans, originaire de Champigny-sur-Marne ; il est encore entravé des menottes appartenant à l'un des premiers intervenants, et présente une blessure par balle, tirée par son complice.
Originaire de Paimpol (Côtes-d'Armor), le brigadier Patrick Le Roux avait 33 ans. Il était marié à Laurence Deligny et père d'une petite Justine.

Entré dans l'administration en 1989, il rejoint le 3ème arrondissement de paris en première affectation, puis le 19ème où il rencontre sa future épouse. Il est nommé brigadier de police en 1998 et rejoint la circonscription de Chennevières-sur-Marne l'année suivante.

C'est à Vaires-sur-Marne, dans un quartier pavillonnaire très calme, que Patrick Leroux, Laurence et leur petite Justine vivaient paisiblement. Le couple se laissait encore deux ans avant d'envisager une mutation à Nantes.
Originaire d'Avion (Pas-de-Calais), le gardien de la paix Yves Meunier avait vingt-sept ans.

Entré dans l'administration en 1996 après avoir effectué son service militaire dans la Gendarmerie en qualité de gendarme auxiliaire, la circonscription de Chennevières sur Marne devenait son premier et unique poste.

Il était marié à Carole et attendait la venue au monde d'un enfant en décembre.

Sur la scène de crime, c'est la consternation. Atteint à la nuque, le gardien de la paix Yves Meunier est déclaré décédé à son arrivée aux urgences de l’Hôpital Henri Mondor de Créteil (Val de Marne). Atteint à la poitrine, le brigadier Patrick Le Roux décède à 13h20. Le gardien de la paix Lionel Levecq, vingt-sept ans, hospitalisé à l’Hôpital du Bégin à St-Mandé, survivra à ses blessures.

Vendredi 19 Octobre 2001. Les obsèques officielles des deux policiers tués sont organisées dans la cour d'honneur de l'hôtel de police de Créteil. 


L'enquête :


La brigade de répression du banditisme chargée de l'enquête identifient et procèdent à l'arrestation de cinq malfrats bien connus des services de police. L'affaire est instruite par le juge Jacqueline Audax.

Confondu avec son ADN et les résidus de tirs retrouvés sur un gant sur la scène de crime, Jean-Claude Bonnal, quarante-huit ans, surnommé "le chinois", est à la fois considéré comme l'instigateur de la séquestration et l'auteur des tirs meurtriers sur les policiers. Cet ancien membre du "gang de la banlieue sud (de Paris)", réputé pour de nombreux actes de grand banditisme commis dans les années 80, est un habitué de la prison. Bonnal avait été libéré, le 26 décembre 2000, à la suite d'un arrêt de la chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris, alors qu'il se trouvait déjà en détention provisoire pour une série de braquages sanglants.

En outre, l'analyse du téléphone portable de Bonnal démontre que le 7 octobre, il est en repérage à proximité immédiate de la maison de ses futures victimes. C'est surtout la vidéo du 16 octobre qui apparaît comme un élément décisif. Les images sont incontestables : Bonnal logeait à l'Etap Hôtel de Villeneuve-le-Roi, non loin du Plessis-Trévise. Il quitte sa chambre peu avant 5 heures du matin. Le véhicule de Brahim Titi, trente-trois ans, originaire d'Orly, un complice décrit comme le "laquais" de Bonnal, l'attend depuis quinze minutes sur le parking. La voix de Titi est reconnue formellement par l'une des victimes, et son ADN est relevé sur une cagoule laissée sur place.

Les enquêteurs mettent également la main sur deux autres complices ayant participé à la séquestration de la famille domiciliée au Plessis-Trevise, en plus de Djamel Bessafi, interpellé le jour des faits ; il s'agit de deux individus originaires comme lui de Champigny-sur-Marne : Zahir Rahmani, vingt-et-un an et Chérif Asslouni, vingt ans. Ces derniers donnent des aveux circonstanciés et désignent Bonnal comme le tireur, avant de se rétracter et de faire usage de leur droit de garder le silence.


Condamnations :


Mercredi 1er Février 2006. La cour d'assises du Val de Marne condamne Jean-Claude Bonnal à la réclusion criminelle dite "à perpétuité" ; peine assortie d'une période de sûreté de 22 ans pour le quadruple homicide à Athis-Mons le 6 octobre 2001 et dans le cadre de l'affaire du Plessis-Trévise dix jours plus tard.

Brahim Titi est condamné à la réclusion criminelle dite "à perpétuité", soit la peine requise à son encontre. Djamel Bessafi et Zahir Rahmani ont été condamnés tous deux à 15 ans de prison. Cherif Asslouni, jusque là inconnu des services de police, a été condamné à 8 ans d'emprisonnement.
Mercredi 4 Juillet 2007. La cour d'appel de Paris confirme les peines prononcées contre Bonnal et Asslouni. Titi voit sa peine allégée à 25 ans de prison. Rahmani et Bessafi voient leurs peines ramenées à 13 ans de prison. Rahmani, Bessafi et Asslouni sont aujourd'hui libres.


Sources et références :

JORF n°250 du 27 octobre 2001 page 16976, "Citation à l'ordre de la nation"
JORF n°250 du 27 octobre 2001 page 16975, "Citation à l'ordre de la nation"
JORF n°62 du 14 mars 2002 page 4616, texte n° 2, "Décret portant nomination à titre exceptionnel"
Libération du 19/01/2006, article de Marc Pivois
Le Parisien du 17/01/2006, article de Fabienne Huger

Le Parisien du 07/01/2006, article de Brendan Kemmet
Libération du 15/11/2001, "le gant du chinois a parlé"
L'Express du 25/10/2001, article de Eric Pelletier

Article Le Monde du 24/10/2001
Paris Match du 01/11/2001
Faites entrer l'accusé - Jean-Claude Bonnal, le chinois
Le Figaro Magazine via le 3ème oeil, article du 21/01/2006

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