Hubert MASSOL

Crédit photo: Paris Match N° 1641 du 07/11/1980
1980 - Le gardien de la paix Hubert Massol est abattu au cours d'une opération de maintien de l'ordre en Corse, au terme de l'affaire "Bastelica-Fesch".

Originaire de Lédergues (Aveyron), Hubert Massol était âgé de vingt-sept ans, marié et père de trois enfants.

Entré au Centre Régional d'Instruction de la Police Nationale de Toulouse en Octobre 1973, il intégrait quatre mois plus tard la 52ème Compagnie républicaine de sécurité de Sancerre.

Il est finalement inhumé dans le petit cimetière des Vialettes, dans son Aveyron natal, par ses collègues de la CRS de Toulouse. Il est nommé brigadier de police à titre posthume, et cité à l'ordre de la nation.

Si vous êtes un proche de la victime, merci de bien vouloir me contacter.
En Janvier 1980, Marcel Lorenzoni, nationaliste membre de l'Union du peuple corse (UPC), monte une opération contre des militants du Front d'action nouvelle contre l'indépendance et l'autonomie (Francia). Créée en 1977, Francia livrerait selon lui une guerre secrète, menée discrètement par le gouvernement contre les activistes autonomes corses pour mener des objectifs électoraux "franco-français". 

A Bastelica, il repère ainsi des membres de Francia qu'il suspecte de venir l'assassiner. Le 6 Janvier, une poignée de militants de l'UPC capture ainsi : Pierre Bertolini, cinquante-cinq ans, ex-inspecteur de la sécurité civile d'Ajaccio, Alain Olliel, trente-cinq ans, armurier, deux proches du Service de l'action civique ; et Yannick Léonelli, trente ans. Ce dernier est un militant nationaliste infiltré, proche de Lorenzoni. Le commando conduit manu militari leurs otages dans une bergerie pour les questionner, puis les emmènent à la mairie de Bastelica pour les dénoncer publiquement, par conférence de presse interposée.

Dès l'annonce de l'évènement, des nationalistes affluent et des barrages de police établissent un périmètre de sécurité étanche autour de Bastelica.

Craignant un étouffement de l'affaire, le commando et leurs prisonniers préfèrent fuir Bastelica, et se réfugient à l'Hôtel Fesch, situé dans le centre d'Ajaccio, à une centaine de mètre de la préfecture. Vingt-cinq clients y sont pris en otages à leur tour.

Mercredi 9 Janvier 1980. Le centre d'Ajaccio est quadrillé par les forces de police : trois escadrons de 85 hommes, dont un héliporté,  appuyés par le Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale dirigé par Christian Prouteau et plusieurs hommes de l'Office central pour la répression du banditisme. La présence massive de forces de l'ordre faisant opposition aux différents collectifs nationalistes corses locaux venus apporter leur soutien occasionne des échauffourées dans le périmètre de sécurisation établi par la CRS N°28 de Montauban et la CRS N°55 de Marseille, lesquelles mènent de nombreuses charges. On signale que des armes circulent parmi les "manifestants" toujours plus nombreux et séditieux.

La section du Lieutenant Francis Gauthier, de la CRS 28 se trouve à l’intersection des rues Cardinal Fesch et Dr Stéphanopoli lorsqu'elle entreprend de repousser lentement les émeutiers au delà de l'Hôtel Fesch et du parc automobile CRS victime de nombreux assauts.

Un couple de jeune gens se tient à distance de l'opération lorsque l'homme sort brusquement un pistolet automatique 9mn tire à cinq reprises à bout portant sur la section du Lieutenant Gauthier. L'indicatif radio "Turgot" transmet au groupement opérationnel "Tellier" "On vient de nous tirer dessus ! J'ai quatre gars au tapis par balles !" Ordre est donné par le Commandant Georges Bru de ne surtout pas riposter pour éviter un bain de sang.

Les gardiens de la paix Claude Gaston, Jean-Claude Rabat et Philippe Delsol sont très sérieusement touchés à la poitrine et aux jambes. Quant au gardien de la paix Hubert Massol, il est atteint mortellement à la poitrine. Son fils a fêté ses deux ans le jour-même.

L'émotion est vive dans les rangs de la CRS 28. La compagnie est relevée par la CRS 4 de Lagny, dépêchée en urgence. Vers 1h du matin, désavoué par l'UPC, Marcel Lorenzoni accepte finalement de se rendre au Capitaine Prouteau. Vers 2h, la quarantaine d'autonomistes quittent l'hôtel Fesch sous escorte policière pour gagner l'hôtel de ville, où ils remettent les armes qu'ils avaient toujours en leur possession. Au terme de la nuit, on comptait encore deux civils abattus sur deux barrages distincts tenus par les gendarmes mobiles.

Samedi 12 janvier 1980. Transférés à Paris, les trente-six autonomistes arrêtés à Ajaccio, après l'occupation de l'hôtel Fesch, sont inculpés de "participation à une bande armée" par M. Jean-Claude Thin, juge d'instruction à la Cour de sûreté de l'État, qui les a placés sous mandat de dépôt.

Lundi 14 Janvier 1980. Les obsèques d'Hubert Massol ont lieu à la cathédral de Montauban en présence du Ministre de l'intérieur Christian Bonnet. On ne retrouvera jamais son meurtrier.

Mercredi 11 Février 1981. La cour de sûreté de l'Etat, composée de cinq magistrats civils et militaires, condamne huit des principaux instigateurs de "l'affaire Bastelica-Fesch" : Marcel Lorenzoni, Dominique Bianchi et Paul Cortinchi à quatre ans d'emprisonnement ; Christian Lorenzoni et Gilbert Casanova à deux ans, Auguste-Marc Tirroloni à dix-huit mois, Lisu Fazi à un an et Michel Polini à un an dont deux mois avec sursis. Les autres participants, libres depuis, ont été condamnés à des peines aménagées.

Sources :
Journal officiel du 10/01/1980, page 79, "Citation à l'ordre de la nation"
Le Monde, article du 22/01/1980, "Une semaine sur une poudrière"
Le Monde, article du 15/01/1980, "Les 36 occupants de l'hotel Fesch ont été écroués"
Le Monde, article du 16/01/1980, "Le maudit voyage de la CRS 28"
Le Monde, article du 11/01/1980, "Un CRS et deux civils sont tués à Ajaccio"
Le Monde, article du 13/02/1981, "Quatre ans d'emprisonnement pour les principaux accusés..."
Un demi-siècle au service de la République, de Robert Pinaud - L'Harmattan (2013)
Archive vidéo de l'I.N.A du 10/01/1980, "Affrontements entre CRS et manifestants à Ajaccio"
La Dépêche du 11/12/2009, "La CRS 28 se retourne sur son histoire"

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