Jean Gaston VRINDTS

1986 - L'inspecteur Jean Vrindts est abattu alors qu'il tente de maitriser un malfaiteur membre du "gang des postiches" surpris en flagrant délit de vol à main armée dans le 16ème arrondissement de Paris.

Âgé de trente-trois ans, il était marié et père d'un enfant de dix ans ; il attendait la venue au monde d'une petite fille.

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De 1981 à 1986, une association de malfaiteurs aux méthodes très inhabituelles est à l'origine d'une série d'attaques de banques spectaculaires en région parisienne.

Grimés avec des perruques et divers accessoires, ils prennent littéralement possession des agences en plein jour, retiennent clients et employés une à deux heures, le temps d'éventrer aux marteaux et aux burins les mini-coffres loués par les  particuliers.

Ils raflent des fortunes dans ces casiers qui regorgent de lingots d'or, pièces et bijoux, et surtout de l'argent liquide non-déclaré au fisc. Sans affiche politique, ils s'attirent même une certaine sympathie de l'opinion publique.

Noyés dans les dossiers qui s'accumulent, la police judiciaire est désemparée. Les policiers ignorent qu'il s'agit alors de voleurs expérimentés, soudés et organisés depuis leur enfance passée entre Montreuil et Belleville, et qui agissent sans repérage et sans préparation !

Ridiculisée par la Presse, la Police Judiciaire lance un dispositif spécial, appelé plan « Ballon » : des capteurs sismiques sensibles aux bruits suspects sont installés dans les salles des coffres des banques. Les sonorisations sont directement reliées aux services de police.

Mardi 14 janvier 1986. Un capteur sismique renvoie des bruits de marteaux et de coups de burins au Crédit Lyonnais du 39 Rue du Docteur-Blanche dans le 16ème arrondissement de Paris : les Postiches sont en plein travail et retiennent trente-quatre personnes. Soixante-sept policiers en civil et trente-et-un véhicules banalisés les attendent à la sortie !

L'opération est organisée par la Brigade de Répression du Banditisme, menée par le Commissaire Raymond Mertz, avec l'appui de la Brigade de Recherche et d'Intervention, menée par le commissaire Claude Cancès. Des agents de la brigade Territoriale et du commissariat local ont également rejoint le dispositif. Suivant les consignes du commissaire Mertz, les policiers doivent s'en tenir à une méthode classique : ne pas intervenir à chaud et prendre en filature les malfaiteurs.

A 16h20, trois gangsters chargent de sacs une Renault 4 près de la banque. A l'intérieur, 725.000 francs, dix lingots et des pièces d'or. Deux autres quittent la banque et gagnent à pieds la Rue Henri Heine, toujours grimés, mais les mains vides. Or, les commissaires Cancès et Mertz s'y trouvent justement stationnés en position d'attente. Les policiers se coordonnent difficilement sur les ondes courtes de leurs moyens radios.

Par un impensable hasard, face au 26 de la rue, les deux malfaiteurs prennent place au volant d'une Renault 5 GT Turbo noire, stationnée en face du véhicule de police ! Avant de prendre place dans l'habitacle, le passager observe brusquement les policiers. Tout se joue à cet instant crucial.

Se sentant menacé ou probablement identifié, le commissaire Raymond Mertz s'extirpe du véhicule banalisé et ouvre le feu à trois reprises. Il blesse le conducteur de la R5 alors que ce dernier tentait d'exhiber une arme de poing. Le malfaiteur, qui s'avèrera être Patrick Geay, est maitrisé difficilement avec le renfort du commissaire Jean-Pierre Birot et de l'inspecteur Jean-Michel Rolland. Le complice, Robert Marguery, prend la fuite armé d'une mitraillette, laquelle s'enraye lorsqu'il tente de faire feu sur les inspecteurs Vergne et Lastère venus l'interpeller.

Dans le même temps, alertée par les coups de feu, la première équipe de malfaiteurs emprunte la Rue René Bazin et prend à revers le dispositif policier. Une seconde fusillade très intense éclate dans laquelle le truand Bruno Berliner et l'inspecteur Jean Vrindts s'entretuent. Le commissaire Birot est victime d'un tir qui le blesse à la tête.

La situation empire encore lorsque l'inspecteur Patrick Ulmer est pris en otage par l'un des gangsters porteur d'un loden vert. Celui-ci le tient en respect avec un revolver sur la tempe et se dirige vers les policiers. Il ordonne à l'inspecteur Jean-Michel Rolland de libérer son complice menotté de les conduire dans un véhicule de police. Les deux malfrats et leurs deux otages policiers prennent la direction de Neuilly-sur-Seine par le périphérique.

Pendant le trajet, les malfaiteurs tirent sur les poursuivants et même de simples usagers de la route. A Neuilly, ils veulent changer de véhicule. Les policiers tentent leur chance et prennent la fuite  mais l'inspecteur Rolland se fait tirer dessus dans le dos, alors qu'il n'est même plus armé. Le bilan est accablant : un truand et un inspecteur de la BRI sont morts, deux autres policiers sont grièvement blessés et un seul des cinq bandits a pu être interpellé. Ce drame créée un profond et durable malaise au siège de la police judiciaire parisienne (dont les tenants et aboutissants n'ont pas a être débattus sur cette page)


Vendredi 17 Janvier 1986. Les obsèques officielles de l'inspecteur Jean Gaston Vrindts ont lieu dans la Cour de la Préfecture de Police en présence de Jacques Chirac, maire de Paris, Pierre Venbrugghe, directeur de la police nationale et François Roussely, directeur du cabinet du ministre de l'intérieur. L'inspecteur Vrindts avait trente-trois ans ; il était marié, père d'un enfant de dix ans, et attendait la venue au monde d'une petite fille.

Le Commissaire Claude Cancès a rendu hommage à son collègue " qui a sacrifié sa vie pour la défense de la sécurité publique, un sacrifice qui sert d'exemple à notre action ". A titre posthume, Jean Vrindts a été décoré de la médaille d'or des actes de courage et de dévouement, de la médaille d'honneur de la police française et de la médaille de vermeil de la Ville de Paris. Il est inhumé à Yerres (Essonne).


Pièces à conviction
Au prix d'une longue et minutieuse enquête, l'identification et l'arrestation du noyau dur du gang des postiches survient le 13 Décembre 1986, dans un petit pavillon en région parisienne au 28 Rue des Pins à Yerres (Essonne). Les policiers du RAID interpellent sans heurts Patrick Geay, André Bellaïche, Jean-Claude Myszka et un complice n'ayant pas participé aux exactions bancaires du gang, Gian Luigi Esposito.

La perquisition est fructueuse et un butin correspondant aux derniers braquages des postiches est retrouvé planqué dans les murs, soit plus de 300 000 francs, 5 000 pièces d'or, des kilos de bijoux et de pierres précieuses.

Au terme de six années de détention préventive, ces individus sont relâchés dans l'attente de leur procès. En Mars 1996, la cour d'assises de Paris condamne Marguery,  Myszka et Bellaïche à des peines de 12 à 8 années de réclusion criminelle. Seul Patrick Geay ne s'est pas présenté et écope d'une peine de trente ans de réclusion criminelle par contumace.

En Janvier 2003, Patrick Geay est interpellé au terme de quinze ans de cavale dans un appartement du 15ème arrondissement où il vivait sous une fausse identité. Rejugé en 2006, il écope d'une peine de 17 ans de réclusion criminelle après avoir toujours nié les faits. Il est le seul membre du gang a se trouver toujours en prison.

Le butin du gang des postiches (plus de 800 millions de francs) est finalement retrouvé dans une tombe, dans le cimetière de Fontenay-en-Parisis (Val d'Oise) par le tueur en série Michel Fourniret lequel tenait l'information d'un codétenu trop bavard, Jean-Pierre Hellegouarch, et lequel a lui même obtenu l'information d'un codétenu : Gian Luigi Esposito. Personne n'a semble-t-il profité de la fortune.


Sources :
Le Monde, article du 18/01/1986, "Obsèques discrètes pour le policier Jean Vrindts [...]"
Le Monde, article du 16/01/1986, "Les ratés du plan ballon"
Journal Libération (éd du 26/03/1996)
Daniel Boulanger - Le Jour où j'ai tué HB (éd Broché - 2007)
Patrice Lastère - Un flic passe aux aveux (éd Lattès - 2013)
La Grande Histoire de l'Antigang de Mathieu Frachon
Wikipédia - L'affaire Dominique Loiseau (lire ici)

3 commentaires:

  1. En tant qu'ancien de la B.R.B. je ne suis pas d'accord avec la phrase parlant de la fronde entre la B.R.B. et le B.R.I. C'est une fronde des policiers de ces deux service contre le Commissaire Mertz dont il faudrait parler, Les policiers estimant que c'est lui le responsable. Les policiers de ces deux brigades étaient solidaires; de plus Jean venait de la B.R.B. avant d'intégrer la B.R.I. Sinon merci pour ce site hommage aux collègues décédés.

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    1. Merci pour votre commentaire très intéressant. Pas simple de réaliser ce récit à posteriori. C'est aussi pour cela que ces "fiches nécrologiques" sont ouvertes aux commentaires.

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    2. J'ai modifié la phrase en question pour la rendre plus neutre. Merci.

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