Jean Gaston VRINDTS

Portait paru dans le magazine Liaisons N°276 (jan-févr 1986)
1986 - L'inspecteur Jean Vrindts est abattu alors qu'il tente de maitriser un malfaiteur membre du "gang des postiches" surpris en flagrant délit de vol à main armée dans le 16ème arrondissement de Paris.

Âgé de trente-trois ans, il était marié et père d'un enfant de dix ans ; il attendait la venue au monde d'une petite fille.

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De 1981 à 1986, une association de malfaiteurs aux méthodes très inhabituelles est à l'origine d'une série d'attaques de banques spectaculaires en région parisienne.

Grimés avec des perruques et divers accessoires, ils prennent littéralement possession des agences en plein jour, retiennent clients et employés une à deux heures, le temps d'éventrer aux marteaux et aux burins les petits coffres loués par les  particuliers, et qui ne sont surveillés que la nuit et le week-end.

Ils raflent des fortunes dans ces casiers qui regorgent de lingots d'or, pièces et bijoux, et surtout des sommes d'argent liquide non-déclaré au fisc. Sans affiche politique, ils s'attirent même une certaine sympathie d'une partie de l'opinion publique.

Noyée dans les dossiers qui s'accumulent, la police judiciaire semble désemparée. Les policiers ignorent encore qu'il s'agit de voleurs expérimentés, soudés et organisés depuis leur enfance passée entre Montreuil et Belleville, et qui agissent sans repérage et sans préparation !

La Police Judiciaire imagine alors un dispositif spécial et inédit, appelé « plan Ballon » : des capteurs sismiques sensibles aux bruits suspects sont installés dans les salles des coffres des banques. Les sonorisations sont directement reliées aux services de police.

Mardi 14 janvier 1986. Un capteur sismique renvoie des bruits de marteaux et de coups de burins au Crédit Lyonnais du 39 Rue du Docteur-Blanche dans le 16ème arrondissement de Paris : "les postiches" sont en plein travail et retiennent trente-quatre personnes. Le plan Ballon 16 est déclenché : soixante-sept policiers en civil et trente-et-un véhicules banalisés quadrillent le secteur.

L'opération est organisée par la Brigade de Répression du Banditisme, menée par le Commissaire Raymond Mertz, avec l'appui de la Brigade de Recherches et d'Intervention, menée par le commissaire Claude Cancès. Suivant les consignes du commissaire Mertz, les policiers doivent s'en tenir à une méthode classique : ne pas intervenir à chaud et prendre en filature les malfaiteurs.

A 16h20, trois gangsters chargent de sacs une Renault 4L près de la banque. A l'intérieur, 725.000 francs, dix-sept lingots et des pièces d'or. Deux autres quittent la banque et gagnent à pieds la Rue Henri Heine, toujours grimés, mais les mains vides. Or, les commissaires Cancès et Mertz s'y trouvent justement stationnés en position d'attente. Les policiers se coordonnent difficilement sur les ondes courtes de leurs moyens radios.

Par un impensable hasard, face au 26 de la rue, les deux malfaiteurs prennent place au volant d'une Renault 5 GT Turbo noire, stationnée en face du véhicule de police. Avant de prendre place dans l'habitacle, le passager observe brusquement les policiers. Tout se joue à cet instant crucial.

Se sentant menacé ou probablement identifié, le commissaire Mertz s'extirpe du véhicule banalisé et ouvre le feu à trois reprises. Il blesse le conducteur de la R5 qui exhibait une arme de poing. Le malfaiteur, qui s'avèrera être Patrick Geay, est maitrisé difficilement avec le renfort du commissaire Jean-Pierre Birot et de l'inspecteur Jean-Michel Rolland. Le complice, Robert Marguery, fait feu au moyen d'un Uzi en direction des inspecteurs Vergne et Patrice Lastère venus l'interpeller. L'arme s'enraye et Marguery, blessé par un projectile, est maitrisé à sont tour.

Alertée par les coups de feu, la première équipe de malfaiteurs qui venait d'emprunter la Rue René Bazin pour rejoindre leurs complices, cesse brutalement sa progression. Pieds à terre, ils scrutent les véhicules alentours et progressent vers la Rue Henri-Heine. Lorsqu'ils arrivent à proximité de la Peugeot 505 montée par les inspecteurs Patrick Ulmer et Jean Vrindts, ce dernier s'extirpe et se met en opposition. Arme au poing, il désigne le truand Bruno Berliner. Deux coups de feu retentissent, le policier et le malfaiteur viennent de s'entretuer. Le troisième complice abandonne la 4L et prend la fuite par l'Avenue de Mozart.

Dans le même temps, l'inspecteur Ulmer était directement menacé, désarmé et retenu en otage par un complice non-identifié. Progressant vers le premier dispositif policier, le malfaiteur, qui tient son arme contre la tempe de l'inspecteur Ulmer, exige la libération de Geay et ordonne aux intervenants de déposer leurs armes. Il tire sur le Commissaire Birot qui tardait à s'exécuter et le blesse à la tête.

Face à l'extrême détermination des malfaiteurs, les policiers sont contraints de céder aux exigences. Les deux postiches prennent la fuite à bord d'une Renault 9 volée à la BRB et emmènent deux otages : les inspecteurs Ulmer et Rolland. Lorsque la R9 atteint le Rue Victor-Hugo à Neuilly, les postiches veulent changer de véhicule. Les policiers tentent leur chance et prennent la fuite. L'inspecteur Rolland est frappé d'une balle dans le dos, et l'inspecteur Hulmer est assommé à coups de crosse.

Sur la scène de crime, une très grande confusion règne. Même si le butin colossal journalier du gang est saisi, le bilan de l'opération est accablant : un truand et un inspecteur de la BRI sont morts, deux autres policiers sont grièvement blessés et un seul des cinq bandits a pu être interpellé. Ce drame créée un profond et durable malaise au siège de la police judiciaire parisienne.



Vendredi 17 Janvier 1986. Les obsèques officielles de l'inspecteur Jean Gaston Vrindts ont lieu dans la Cour de la Préfecture de Police en présence de Jacques Chirac, maire de Paris, Pierre Venbrugghe, directeur de la police nationale et François Roussely, directeur du cabinet du ministre de l'intérieur. L'inspecteur Vrindts avait trente-trois ans ; il était marié, père d'un enfant de dix ans, et attendait la venue au monde d'une petite fille.

Le Commissaire Claude Cancès a rendu hommage à son collègue " qui a sacrifié sa vie pour la défense de la sécurité publique, un sacrifice qui sert d'exemple à notre action ". A titre posthume, Jean Vrindts a été décoré de la médaille d'or des actes de courage et de dévouement, de la médaille d'honneur de la police française et de la médaille de vermeil de la Ville de Paris. Il est inhumé à Yerres (Essonne).


Pièces à conviction
Au prix d'une longue et minutieuse enquête, l'identification et l'arrestation du noyau dur du gang des postiches survient le 13 Décembre 1986, dans un petit pavillon en région parisienne au 28 Rue des Pins à Yerres (Essonne). Les policiers du RAID interpellent sans heurts Patrick Geay, André Bellaïche, et Jean-Claude Myszka, identifié comme étant le conducteur de la 4L le jour de la fusillade, ainsi qu'un complice n'ayant pas participé aux exactions bancaires du gang, Gian Luigi Esposito.

La perquisition est fructueuse et un butin correspondant aux derniers braquages des postiches est retrouvé dissimulé dans les murs, soit plus de 300 000 francs, 5 000 pièces d'or, des kilos de bijoux et de pierres précieuses.

Au terme de six années de détention préventive, ces individus sont relâchés dans l'attente de leur procès. En Mars 1996, la cour d'assises de Paris condamne Marguery, Myszka et Bellaïche à des peines de 12 à 8 années de réclusion criminelle. Seul Geay ne s'est pas présenté et écope d'une peine de trente ans de réclusion criminelle par contumace.

En Janvier 2003, Geay est interpellé au terme de quinze ans de cavale dans un appartement du 15ème arrondissement où il vivait sous une fausse identité. Rejugé en 2006, il écope d'une peine de 17 ans de réclusion criminelle après avoir toujours nié les faits. Il est le seul membre du gang a se trouver toujours en prison.

Le butin du gang des postiches (plus de 800 millions de francs) est finalement retrouvé dans une tombe, dans le cimetière de Fontenay-en-Parisis (Val d'Oise) par le tueur en série Michel Fourniret lequel tenait l'information d'un codétenu trop bavard, Jean-Pierre Hellegouarche, et lequel a lui même obtenu l'information d'un codétenu : Gian Luigi Esposito. Personne n'a semble-t-il profité de la fortune.


Sources :
Le Monde, article du 18/01/1986, "Obsèques discrètes pour le policier Jean Vrindts [...]"
Le Monde, article du 16/01/1986, "Les ratés du plan ballon"
Les postiches : un gang des années 80 par Patricia Tourancheau - Fayard 2004
Journal Libération (éd du 26/03/1996)
Daniel Boulanger - Le Jour où j'ai tué HB - Broché 2007
Patrice Lastère - Un flic passe aux aveux - Lattès 2013)
La Grande Histoire de l'Antigang de Mathieu Frachon
Wikipédia - L'affaire Dominique Loiseau (lire ici)

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