Maxime TRUCHET & Victor LEGNIER

1937 - Deux gardiens de la paix du 8e arrdt en faction sont victimes d'un attentat fomenté à Paris contre le siège du patronat par une organisation secrète révolutionnaire nationaliste.

Ci-dessus, le gardien de la paix Maxime Gaston Truchet, né le 27 janvier 1913 à Saint-Lupicin (Jura). Marié, sans enfant ; domicilié 18 rue des Vignerons à Vincennes.

Entré dans l'administration le 1er juillet 1936. Médaillé d'or des actes de courage et de dévouement à titre posthume (JORF du 08/12/1937).

Inhumé au cimetière de sa ville natale dans une concession familiale.
Samedi 11 septembre 1937. Il est dix heures du soir lorsque deux attentats à la bombe secouent à quelques minutes d'intervalles le Quartier de l’Étoile dans le 16ème arrondissement de Paris (Seine). Au 45 rue Boissière, l'immeuble abritant l'Union des Industries et Métiers de la Métallurgie s'est partiellement effondré ; même scène de guerre au 4 rue Presbourg, où s'était installée depuis quelques mois la Confédération Générale du Patronat Français.

Les sapeurs-pompiers des casernes François-Millet, Mesnil, Boursault et Yser sont dépêchés sur les lieux devant une foule terrorisée. Alors qu'ils inspectent les décombres, ils découvrent les corps mutilés de deux gardiens de la paix, qui étaient venus prendre leur service en faction devant le bâtiment de la C.G.P.F, en sécurisation d'une réunion de délégués des différents comités départementaux.

Transportés à la maison de secours Marmottan, ils y étaient déclarés décédés à leur arrivée. Il s'agit des agents Maxime Truchet et Victor Légnier, âgés de vingt-quatre et vingt-et-un ans, alors seules victimes des explosions.

L'enquête établit que deux caissettes de bois blanc adressées par une fallacieuse maison de disques ont été déposées par de mystérieux livreurs aux réceptionnaires des deux adresses, lesquels avaient fait remarquer que les services ne fonctionneraient pas avant lundi matin.

Les techniciens du laboratoire de la Préfecture de Police, qui recensent et examinent tous les engins trouvés sur les scènes d'attentats depuis un an, révélaient que l'explosif utilisé n'est pas fabriqué par les usines françaises. En outre, le système d'horlogerie et le mécanisme des détonateurs employés démontreraient que les engins viennent d'ateliers de chargement dotés d'un outillage perfectionné, et ne peuvent être le fait d'activistes isolés comme au temps des attentats anarchistes. Même si les explosions ont provoqué de nombreux éclats, il s'agit d'engins dits de démolition, utilisés spécifiquement pour la destruction.

Ci-dessus, le gardien de la paix Victor Alphonse Légnier, né le 8 février 1911 à Paris. Marié, sans enfant ; domicilié 137 rue Saint-Charles.

Entré dans l'administration le 13 mai 1935. Médaillé d'or des actes de courage et de dévouement à titre posthume (JORF du 08/12/1937).

Inhumé au cimetière de Bagneux dans une concession familiale.
Ce double-attentat agite la classe politique et place le gouvernement du Front Populaire dans une posture délicate, dans la mesure où le patronat semble être la cible logique. Il semble constituer une marque révolutionnaire dont la portée symbolique est renforcée par la mort des deux policiers. Toutefois, en l'absence de revendication, toutes les suspicions possibles fleurissent dans la presse. On souligne d'avantage la méthode anarchiste née de la fièvre ouvrière, mais on accuse également tantôt les soviétiques ou les allemands. Les organes de presse des partis de gauche dénoncent de leur côté un attentat fasciste, et évoquent une sanglante et grossière provocation destinée à stigmatiser la classe ouvrière.

Dans une déclaration de principe, le ministre de l'intérieur Marx Dormoy avance que la responsabilité de l'attentat n'incombe pas à de simples ouvriers, et que ce dernier est probablement destiné à provoquer une grande instabilité intérieure. Tandis que le gouvernement offre une récompense de 100.000 francs à toute personne permettant la découverte des auteurs des attentats, les renseignements généraux activent leurs réseaux d'indicateurs.

Le 16 octobre suivant, des douaniers suisses font une découverte déterminante de lots de cartouches qui ont chuté d'un chargement le long de la Nationale 5 entre Saint-Cergue et La Cure. Leurs homologues français appuyés par la brigade mobile de la police judiciaire remontent la piste du propriétaire d'une automobile signalée le matin même à la frontière, et domicilié à Paris à la Porte d'Auteuil. Surveillé en permanence, le suspect est pris en filature de Paris jusqu'à la frontière suisse et interpellé dès le lendemain à Saint-Claude dans le cadre d'un trafic d'armes.

Soigneusement questionné par les inspecteurs chevronnés de la rue des Saussaies, Fernand Jakubiez, vingt-sept ans, révèle l'existence d'une association de malfaiteurs disposant d'un véritable centre opérationnel dans les souterrains d'une villa à Reuil (Seine-et-Oise), constitué d'un arsenal, d'une infirmerie, et même d'une prison clandestine. Les interpellations se multiplient et dévoilent l'existence d'une mystérieuse Organisation Secrète d'Action Révolutionnaire Nationale dotée d'une solide ramification sur l'ensemble du territoire français. Des dizaines de structures du même type militaire et des dépôts dans lesquels ont été emmagasinés quantités d'armes, de munitions, du matériel de combat dans des caves bétonnées, sont retrouvés. Près de trois tonnes en armes et munitions sont saisies.

Le 25 novembre, l'ingénieur du génie maritime Eugène Deloncle, quarante-six ans, polytechnicien, agitateur politique à la personnalité puissante, est arrêté à Paris où il changeait de domicile chaque nuit. Membre dissident de l'Action Française, d'obédience nationaliste royaliste, fondateur du Parti National Révolutionnaire dissout en 1936, il est considéré comme le chef suprême de l'O.S.A.R.N. Dénonçant depuis plusieurs années l'imminence d'un putsch communiste, il était suspecté et recherché depuis les premières investigations. Les perquisitions menées dans les différentes officines qu'il a occupées sont déterminantes.

En outre, deux mécanismes de bombes à retardement similaires à ceux utilisés dans l'attentat de l’Étoile sont découverts dans une casemate sous le Centre de Radiesthésie du 64 rue Ampère, 17e arrdt. Le lien entre cette association de malfaiteurs et l'attentat de l'Etoile est établi. Une information judiciaire est ouverte pour complot contre la sûreté de l’État par M. Béteille, juge d'instruction au parquet de la Seine.

Le 9 décembre, un industriel auvergnat très influent, officier de réserve, est interpellé avec un complice à Paris alors qu'il est sur le point de gagner la Suisse avec une importante somme d'argent. François Méténier, quarante-et-un ans, est l'intermédiaire indispensable entre l'O.S.A.R.N. et les bailleurs de fonds.

Le 16 décembre, à mesure des arrestations, un nouvel arsenal et un véritable magasin d'habillement capable de fournir près de sept-cent uniformes aux activistes de l'O.S.A.R.N sont découverts. En sus d'une conspiration active depuis plusieurs années, c'est un véritable coup d’État en sommeil qui vient d'être démantelé.

Le 11 janvier 1938, le ministre de l'intérieur déclare que les auteurs de l'attentat de l’Étoile ont été identifiés. Parmi les suspects  les plus éprouvés par les interrogatoires, Pierre Locuty, ingénieur des usines Michelin à Clermont-Ferrand, se montre le plus prolixe. Recruté par Méténier, il indique avoir prêté allégeance à l'O.S.A.R.N, à la section locale de cette même ville, pour défendre de bonne foi son pays contre le péril communiste.

Locuty était convoqué à Paris par Deloncle et Jean Filiol, cofondateur du P.N.R. dissout, avec lesquels il a assisté à la confection des bombes et desquels il a reçu les instructions préparatoires à l'attentat. Était présent également Jean Moreau, ingénieur des pétroles, administrateur délégué de la société textile ardennaise, haut responsable de l'organisation chargé des questions logistiques.

Locuty a participé directement à la livraison de l'une des bombes meurtrière, rue Presbourg ; l'autre livreur, Jean Macon, le concierge du centre de radiesthésie devenu logisticien de l'organisation, aurait agi rue Boissière. Alerté de son arrestation imminente, celui-ci a pris la fuite en Espagne franquiste.

A l'été 1938, la police judiciaire a procédé à plus d'une centaine d'interpellations de cagoulards. L'O.S.A.R.N. est effectivement rebaptisée par la presse par le terme péjoratif La Cagoule ; rapport aux rites initiatiques calqués sur le modèle franc-maçon qui attendent les membres du groupe rigoureusement sélectionnés. Les hauts responsables, instigateurs du mouvement, sont tous des dissidents des ligues nationalistes et royalistes de l'Action Française et des Croix-de-Feu, dissoutes par le gouvernement de Léon Blum en 1936.

Le 11 octobre 1948, dans un procès qui n'a pu survenir qu'aux lendemains de la seconde guerre mondiale, la cour d'assises de la Seine fait comparaître quarante-neuf cagoulards en dépit de nombreux absents parmi les instigateurs du mouvement. Les chefs d'accusation mêlent conspiration, complot contre la sûreté de l’État, financements occultes et crapuleux liés à des assassinats perpétrés pour le compte de mouvements fascistes étrangers, trafics d'armes, etc.

Deloncle et Moreau sont morts, Locuty et Filiol sont en fuite à l'étranger. Seuls Meténier et Macon sont présents sur le banc des accusés pour répondre de l'attentat de l'Etoile. Ils sont condamnés respectivement à vingt ans et cinq ans de travaux forcés. Sept condamnations à mort par contumace sont prononcées, ainsi que quatre amnisties, onze acquittements, treize sursis et dix condamnations à de la prison ferme. Jakubiez, impliqué avec Filiol dans l'assassinat de personnalités politiques étrangères en échange de financements occultes écope de la plus lourde peine : travaux forcés à perpétuité.

Sources et références :
"Souvenirs de police : la France des faits divers et du crime vu par des policiers (1890-1939)" de Bruno Fuligni
Excelsior du 11/01/1938, "Les auteurs de l'attentat de l'étoile sont connus"
Le Petit Parisien du 18/11/1937, "Le complot contre la sûreté de l'Etat : sept conspirateurs sont déjà arrêtés"
Excelsior du 18/11/1937, "La nouvelle affaire d'armements clandestins"
La Petite Gironde du 14/09/1937, "Le gouvernement offre 100.000 francs [...]"
L'Echo de Paris du 13/09/1937, "Les attentats de la rue Presbourg et de la rue Boissière"
Le Petit Journal du 12/09/1937, "Deux actes de terrorisme dans le quartier de l'étoile"

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