Albert NEUFCOURT

1949 - Le gardien de la paix Albert Neufcourt est abattu par un trio de malfaiteurs surpris en flagrant délit de vol à main armée.

Né le 24 avril 1921 à Paris 4e. Marié, sans enfant, demeurant 7 boulevard d'Algérie à Paris 19e.

Entré dans la police le 16 décembre 1943 à l'école pratique et affecté le 16 novembre 1944 au commissariat de la rue de Tanger, Paris 19e - matricule 21339.

Citation à l'ordre de la nation du 07/09/1949, élevé au rang de chevalier de la légion d'honneur ; nommé brigadier des gardiens de la paix à titre posthume.

Inhumé au cimetière de Pantin parisien dans un caveau familial.
Mercredi 31 août 1949. Trois individus s'engouffrent dans un taxi à hauteur de la Porte Saint-Martin en indiquant vouloir se rendre au 250, rue de Crimée dans le 19ème arrondissement de Paris. Il est dix heures et demie du soir lorsque la Renault Viva Grand-Sport s'immobilise dans la rue déserte ; le chauffeur constate que le numéro indiqué n'existe pas. Isolé près des voies ferrées, le piège se referme. De manière préméditée, l'un des malfaiteurs au fort accent espagnol menace sous la menace d'une arme de poing la victime. Le trio extorque sa recette journalière, soit deux mille cinq-cent francs. Puis l'un d'eux prend la place du conducteur avec l'intention de dérober le véhicule, qui refuse de redémarrer après avoir calé.

Quelques minutes passent lorsque les bruits du démarreur finissent par attirer l'attention de deux agents cyclistes du commissariat de la rue de Tanger. L'agent qui se présente côté conducteur comprend rapidement le drame qui se joue, mais il est déjà trop tard : deux coups de feu claquent. Atteint à bout touchant par deux projectiles, le gardien de la paix Albert Neufcourt, vingt-huit ans, est tué net.

Les malfaiteurs prennent aussitôt la fuite à pieds, tandis que le second agent saisit son arme de service et engage une poursuite. Échange de coups de feu ; le gardien de la paix Maurice Aucher, cinquante-et-un ans, est atteint par plusieurs projectiles tirés par un complice. Le policier a pu riposter au jugé à trois reprises, en vain. Admis dans un état grave à la maison de santé des gardiens de la paix, il survivra.

M. Jadin, juge d'instruction, ouvre une information judiciaire pour homicide volontaire sur agent de la force publique et tentative. La brigade criminelle découvre dans le véhicule des indices abandonnés ; notamment un crocodile, jargon policier pour décrire le jeu de pinces dentelés reliées à un fil de fer utilisé par les voleurs d'autos pour permettre un contact électrique ; sa présence montre que les malfaiteurs étaient déterminés à dérober une automobile. Les enquêteurs retrouvent également un chargeur de sept cartouches de calibre 11,43, atypique des bandits locaux, et une serviette en cuir contenant des bidons d'eau et une gamelle contenant des restes de nourriture, synonyme de clandestinité. Les opérations menées dans les milieux crapuleux de la Porte Saint-Martin et de la Villette pour tirer des informations restent vaines.

Dans la soirée du 14 octobre suivant, de manière providentielle, deux motocyclistes de la préfecture de police prennent en chasse une traction-avant montée par trois suspects sur le boulevard Sérurier. Deux des occupants sont interpellés, le troisième, en fuite, abandonne un Colt 45 calibre 11,43 dans un buisson du Parc de la Butte du Chapeau-Rouge. Le service de l'identité judiciaire établit avec certitude que l'arme a servi à tuer l'agent Neufcourt.

Confrontés à un rude interrogatoire, les suspects éprouvés désignent un certain Giuseppe Lovera, malfaiteur redoutable du gang des tractions-avants d'Abel Danos. Sorti prématurément de prison le 9 du mois à la suite de l'erreur d'un greffier, ce dernier était effectivement recherché pour meurtres et vols qualifiés par les parquets de Gênes et de Milan et attendait son extradition. Le 23, Lovera est arrêté à Marseille alors qu'il tente de prendre clandestinement un bateau pour l'Espagne.

Tranféré à Paris à la brigade criminelle de la Police Judiciaire, Lovera reconnait son implication dans l'affaire du 14 octobre, avoir été détenteur du Colt, mais nie farouchement être le meurtrier de l'agent Neufcourt. Il produit un alibi indiscutable et indique s'être fait remettre l'arme par un membre de la Fédération Anarchiste Ibérique ; milieu avec lequel le truand entrenait des relations solides.

Les enquêteurs découvrent qu'en septembre, un certain Wenceslao Jiménez-Orive, vingt-six ans, a remis le Colt 45 à Lovera lors d'un rendez-vous survenu dans un bar entre la porte Saint-Martin et la Porte-Saint-Denis. Or, recherché dans le cadre de ses actions antifranquistes, ce dernier est tué dans une opération de police à Barcelone le 9 janvier 1950.

Deux complices issus du milieu anarchiste espagnol sont identifiés : Rodolfo Benetto Ferrer dit Rodriguez, alors incarcéré à Barcelone pour menées subversives antifranquistes, inextradable ; et José Sotto-Suarez, trente-et-un ans. Ce dernier est reconnu formellement par le taxi comme l'individu l'ayant menacé avec une arme de poing.

Le 6 mars, interpellation de Sotto-Suarez dans un logement de Belleville. Il reconnait sa présence parmi le trio de malfaiteurs à l'origine du meurtre de l'agent Neufcourt, dont il se défend en l'imputant à Wences. Il donne une dimension politique au crime en arguant que la bande recherchait un véhicule puissant pour effectuer un transport d'armes de contrebande jusqu'à la frontière espagnole, au nom de la lutte contre le régime de Franco. Argument qui ne tient pas à l'instruction. Il avoue dans un premier temps avoir tiré sur l'agent Aucher, avant de se rétracter.

Le 4 février 1953, la cour d'assises de la Seine condamne Sotto-Suarez à dix ans de travaux forcés et à la déportation au bagne colonial pour complicité de vol qualifié suivi de meurtre et tentative de meurtre sur agents de la force publique.

Sources et références :
Bulletin municipal officiel de la ville de Paris du 10/09/1949, "Obsèques du brigadier Neufcourt"
Le Monde du 05/02/1953, "Le meurtrier de l'agent Neufcourt et condamné à dix ans de bagne"
L'Intransigeant du 05/02/1953, "Le journal des faits divers : ont été condamnés"
L'Intransigeant du 07/03/1950, "L'assassinat de l'agent Neufcourt"
Ce Soir du 07/03/1950, "Arrêté hier soir à Belleville"
Combat du 07/03/1950, "Un revolver oublié a permis d'arrêter l'un des assassins de l'agent Neufcourt"
L'Intransigeant du 02/09/1949, "Trois bandits attaquent un chauffeur de taxi [...]"
L'Aurore du 02/09/1949, "Trois suspects arrêtés ont été relâchés"

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