Guy ARNAUD & Louis MORIN


1951 - Deux gardiens de la paix du 2e groupe du corps urbain de Lyon sont abattus dans l'attaque à main armée d'un fourgon postal par un commando de malfaiteurs anarchistes espagnols.

Né le 30 septembre 1910 à Montluel (Ain), le gardien de la paix Louis Morin était marié à Marie Boujon et père de trois enfants. La famille était domiciliée à Caluire-et-Cuire. Portrait diffusé ci-dessus avec l'aimable autorisation de sa petite-fille.

Né le 25 septembre 1915 à Montélimar (Drôme), le gardien de la paix Guy Arnaud était un vétéran qui avait déjà connu l'épreuve du feu, blessé au combat à Munster le 24 février 1940. Si vous êtes un proche de Guy Arnaud, merci de me contacter.
Jeudi 18 janvier 1951. Comme chaque soir, peu avant dix-neuf heures, un fourgon postal blindé doté d'une escorte policière se présente face au bureau des P.T.T. sis 99, rue Duguesclin dans le 6ème arrondissement de Lyon (Rhône). L'escorte, composée de deux gardiens de la paix du poste de police de la Place Antonin-Poncet, présents aux côtés du chauffeur, a pour charge de protéger l'opération consistant à récupérer la recette de la journée remise par un commis, par une porte de triage.

L'agent Morin se porte entre la-dite porte et l'accès par l'arrière au fourgon, muni d'un pistolet-mitrailleur MAS 38. Alors que le commis est sur le point de se présenter avec un sac renfermant près de six millions de francs, deux individus coiffés de feutres sombres et armés de pistolets-mitrailleurs surgissent d'une allée. L'un d'eux abat l'agent Morin alors que ce dernier refuse de lâcher son arme. Puis il fait feu en direction de l'agent Arnaud, lequel s'agite dans l'habitacle dans le but de riposter. Alors qu'il fait face au fourgon, le malfaiteur tire une longue rafale ; quatorze impacts criblent le pare-brise. Le gardien de la paix Guy Arnaud, trente-cinq ans, est tué net ; le chauffeur est grièvement blessé, mais trouve le courage de bloquer le verrouillage des portes et de déclencher les sirènes. Mal placé, le complice est blessé à la jambe par les mêmes tirs.

Le braquage est d'ores-et-déjà un échec ; le tireur se porte jusqu'à l'agent Morin, grièvement blessé mais laissé pour mort, et lui dérobe son pistolet-mitrailleur. Il envoie une dernière rafale en direction du tambour de l'entrée réservée à l'accueil du public. Huit personnes sont blessées, et le sac contenant la recette journalière est insaisissable. Découragés, les malfaiteurs prennent la fuite par la rue de Sèze. Un témoin entreprend de suivre le commando, mais il les perd de vue sur l'Avenue de Saxe alors qu'ils sont montés à bord d'une Citroën traction-avant modèle 15-6, dans lequel un complice se trouvait en position d'attente. La numéro d'immatriculation est relevé.

D'importants barrages de police et de gendarmerie sont établis sur tous les grands axes de l'agglomération lyonnaise. Les enquêteurs de la 10e brigade mobile de la police judiciaire effectuent des rapprochements avec plusieurs attaques similaires commises dans la région lyonnaise.

Le 25 janvier, le véhicule utilisé par les suspects dans leur fuite est retrouvé avec des indices déterminants, dissimulé dans les eaux du canal de Jonage, sous le pont de Croix-Luizet à Villeurbanne. Le 26, l'une des victimes civiles présentes dans le bureau de poste décède des suites de ses blessures à l'hôpital Edouard-Herriot ; il s'agit de M. Auguste Jard, soixante-quatre ans.

A l'aube du 28, des rafles d'envergure sont opérées dans les milieux crapuleux de Villeurbanne et Vaulx-en-Velin. Des langues se délient ; les enquêteurs exploitent l'environnement de malfaiteurs espagnols.

Le 31, interpellation de Juan Sànchez, trente-sept ans. Éprouvé par un redoutable interrogatoire, il remet des aveux partiels circonstanciés. Ses complices sont deux frères, José et Francisco Bailó-Mata, alias Pepe et Paco, âgés respectivement de vingt-huit et trente-quatre ans ; venus spécialement de la région toulousaine pour commettre le braquage, Antonio Guardia-Socada, trente-quatre ans, et Juan Catalàn-Balaña, trente-sept ans, sont interpellés chez des compatriotes domiciliés à Saint-Fons. Ce dernier est par ailleurs trahi par une grave blessure par balle à la cuisse. De manière incidente, six complices de la bande sont inculpés pour recels de malfaiteurs et conduits au dépôt.

Le 2 février, le gardien de la paix Louis Morin, quarante ans, décède des suites de ses blessures à l'Hôtel-Dieu. Il était marié et père de trois enfants.

Le 5, le corps sans vie de Pepe, est découvert dans un abri de jardin à Vénissieux, avec une importante plaie par balle à la tête. Ce dernier a toujours laissé entendre qu'il ne se laisserait pas prendre vivant.

Il est établi que le 18 janvier, les malfaiteurs ont agi au nombre de cinq ; les deux tireurs avaient pour charge de neutraliser l'escorte tandis que deux complices devaient voler le fourgon postal, le chauffeur restant en retrait à bord de la traction. Selon Sànchez, cette expropriation, selon le terme anarchiste, était destinée à servir la lutte contre le franquisme. Le noyau dur de malfaiteurs est effectivement issu de la résistance républicaine espagnole ; exilés en France après avoir lutté contre le régime de Franco, ces derniers se sont aguerris dans les maquis aux côtés des francs-tireurs partisans pendant l'occupation allemande.

Les enquêteurs soupçonnent que l'association de malfaiteurs agissait pour le compte d'un groupe d'action révolutionnaire alimenté par la Confédération Nationale du Travail espagnole. Tous fréquentaient la Fédération Anarchiste Ibérique de la rue Saint-Jean, près du Palais de Justice. Les pistolets-mitrailleurs ayant servis dans l'attaque seront effectivement retrouvés fortuitement dans un local de la CNT de Villeurbanne en décembre 1959.

En janvier 1955, la cour d'assises du Rhône juge quatorze membre du gang des espagnols pour dix-neuf agressions et vols à main armée commis entre 1945 et 1951, pour un butin estimé à vingt-cinq millions de francs. L'attaque du fourgon postal à Lyon ne représente qu'une partie de leur activité qui s'étendait sur toute la France. Deux cent vingt-deux arrestations ont été opérées ; trente-sept seulement concernent des individus impliqués dans des agressions commises dans la région lyonnaise et iséroise.

Désigné comme le meurtrier des agents Arnaud et Morin, et de M. Jard, Sànchez est condamné à la peine de mort ; l'arrêt est cassé le 12 mai suivant, et il écope de la réclusion criminelle à perpétuité. Guardia-Socada et Bailó-Mata écopent des travaux forcés à perpétuité ; Catalàn-Balaña prend 20 ans de réclusion criminelle, et bénéficie d'une libération conditionnelle après 14 années d'incarcération passées à Fresnes.

Les stigmates des éclats de balles sont toujours visibles sur la façade de l'entrée du 99, rue Duguesclin.

Sources et références :
Documentation de la Société Lyonnaise d'Histoire de la Police - Michel Salager
El Maquis Anarquista par Sanchez-Agusti et Feran, éd. Milenio, 2006
Lyon criminel par André Séveyrat, éd. Fenixx, 1974 
Association "24 août 1944", article du 28/01/18, "Felisa Bailo-Mata, une companera de vida de lucha"
L'Impartial du 13/01/1955, "Le procès des espagnols s'est ouvert à Lyon"
Le Monde du 02/12/1959, "A Villeurbanne, une explosion accidentelle fait découvrir un stock d'armes [...]"
Le Monde du 31/03/1951, "Le gang des espagnols de Lyon a commis 19 attaques à main armée"
Le Monde du 07/02/1951, "Le bandit José Bailo-Mata s'est suicidé"
L'Intransigeant du 02/02/1951, "Paco, tueur n°2 du gang des espagnols, arrêté cette nuit"
L'Intransigeant du 01/02/1951,"Les auteurs du hold-up tragique de Lyon : des anarchistes espagnols"
Ce Soir du 04/02/1951, "Le garde Morin a succombé"
Ce Soir du 03/02/1951, "Traqué par la police, "Pépé", chef des gangsters de la rue Duguesclin [...]"
Ce Soir du 01/02/1951, "Hold-up de Lyon, trois suspects arrêtés"
Ce Soir du 20/01/1951, "Les gangsters de Lyon n'ont pas volé les 6 millions du fourgon postal [...]"

2 commentaires:

  1. Louis Morin était mon grand-père c est avec beaucoup d émotion que relisons cette histoire.

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  2. Je suis la petite fille de Louis Morin c est avec émotion que je lis cet article.

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