Henri MOURLON & Désiré LEJEUNE

Né le 15 novembre 1890 à Sannat (Creuse) ; marié, père de quatre enfants ; le sergent de ville Henri Mourlon est entré dans l'administration le 18 février 1914 après une période de services armées de trois ans à la 22e section de commis et ouvriers militaires d'administration.

Maintenu dans ses fonctions à l'appel de sa classe lors de la mobilisation générale d'août 1914, il était détaché comme inspecteur au service de sûreté de Joinville-le-Pont.
Mercredi 25 mars 1925. Il est quatre heures de l'après-midi lorsque la gérante d'un débit de vins de la rue Desgenettes à Saint-Maur-des-Fossés (Seine) requiert la police pour un client en état d'ivresse manifeste qui cause du scandale. Les cinq agents dépêchés sur place maitrisent sans heurt le malandrin et prennent la direction du poste de police par la rue du Bois-Guimier.

Les policiers atteignent l'intersection de la rue d'Alsace-Lorraine lorsqu'ils se trouvent dans l'obligation de menotter l'ivrogne qui résistait de manière plus virulente. Ils sont alors injuriés copieusement par un cycliste âgé d'une vingtaine d'années ; ce dernier reprochant une arrestation supposée raciste dans la mesure où le trublion alcoolisé est effectivement de nationalité marocaine. 

Les agents poursuivent leur progression, lorsque, lassé par les injures criées de manière continue, le brigadier Lejeune se porte à hauteur du cycliste pour le saisir. Effectuant une palpation sommaire tandis que le trublion se débat, le policier découvre une arme de poing dissimulée à la ceinture et prévient ses collègues. Un drame se joue en quelques secondes. Le brigadier tente d'empêcher le malfaiteur de saisir son arme, lorsque celui-ci vient saisir une deuxième arme de poing dissimulée dans son veston. Il tire et blesse très grièvement le brigadier au niveau du ventre.

Puis il tire encore à cinq reprises en direction des deux agents venant en assistance ; il tue l'inspecteur Henri Mourlon, trente-cinq ans, et blesse à l'épaule le brigadier-chef Raphaël Davy, quarante-six ans, avant de prendre la fuite par la voie ferrée. On perd sa trace à hauteur du passage à niveau de Joinville-le-Pont.

Avec un rein éclaté et les intestins transpercés par le projectile, le brigadier Désiré Lejeune, quarante-quatre ans, est transporté dans un état désespéré à l'hôpital Saint-Louis, où il décède dans la nuit.

Né le 19 décembre 1882 à Coincy (Aisne) ; marié, père d'un enfant ; le brigadier des sergents de ville Désiré Lejeune est entré dans l'administration le 15 mai 1909 après avoir été employé pendant cinq ans dans une banque.

Ayant devancé l'appel de sa classe comme engagé volontaire pour une période de quatre années de services militaires au 25e régiment d'infanterie, il était libéré avec le grade de sergent dès décembre 1904.

Militarisé dans le corps des gardiens de la paix et des sergents de ville de banlieue parisienne pendant la grande guerre, il exerce d'abord à Vanves, et devient brigadier le 16 juillet 1921 en poste à Saint-Maur-des-Fossés.
Les hommes du commissaire divisionnaire Barthélémy, de la direction de la police judiciaire, relèvent un détail déterminant sur le signalement du meurtrier : ce dernier porte une large cicatrice sur la joue gauche jusqu'à la commissure des lèvres ; une blessure qui l'empêche de parler correctement ; il était porteur d'un tricot de laine grise et violette ; le browning utilisé est de calibre 7,65mm. Le vélo abandonné par l'auteur est un recel de vol commis un an plus tôt dans le Val de Marne.

Le 10 avril, le préfet de police informe par voie de presse qu'une prime de dix mille francs sera versée à toute personne susceptible de faire arrêter le meurtrier. La manoeuvre agite le milieu du banditisme mais ne donne aucun résultat.

Tout s'accélère le 5 août 1926, à Joinville-le-Pont. Un restaurateur, M. Dumas, est abattu par un client parti sans payer sur une bicyclette, et qu'il était parvenu à rattraper. Capturé après avoir également tiré sur un agent de police avec un browning calibre 7,65mm, Remy Van Reckem, vingt-quatre ans, présente une paralysie faciale pariétale pouvant s’apparenter à une large cicatrice lui étirant la commissure des lèvres du côté gauche.

La perquisition menée dans son domicile à Champigny-sur-Marne est déterminante : un autre browning à neuf coups calibre 7,65mm est découvert, un stock de pièces détachés de bicyclettes volées, et plus particulièrement un sweater de laine grise et violette semblable à celui aperçu par les témoins en 1925. Sur la base de son signalement de l'utilisation systématique d'une bicyclette dans la commission de méfaits et d'armes de poing de calibre 7,65mm, il est également soupçonné de nombreuses filouteries, des meurtres crapuleux de deux cyclistes en octobre dernier dans le bois de Vincennes, et surtout des meurtres des agents Mourlon et Lejeune. L'audition de sa petite amie est également déterminante sur l'affaire de Saint-Maur.

Faisant montre d'un cynisme à toutes épreuves, il réfute toutes les expertises balistiques et témoignages rapportés contre lui. Présenté au juge d'instruction, M. Bertaud, il feint la folie effectivement contredite par des expertises aliénistes.

Le 23 septembre 1926, Van Reckem se suicide par pendaison dans sa cellule à la prison de La Santé, échappant ainsi à la rigueur la plus dure de la justice.

Sources et références :
Archives municipales 1R550 - Mourlon Marien Henri, matricule 881, classe 1911.
Archives municipales 1R2_0735 - Lejeune Désiré Louis, matricule 13, classe 1902
Le Petit Parisien du 24/09/1926, "Van Reckem, l'assassin de Joinville s'est pendu dans sa cellule"
Paris-Soir du 12/08/1926, "Vanreckem serait bien le meurtrier des agents Mourlon et Lejeune" 
Le Petit Parisien du 08/08/1926, "Les charges s'accumulent contre le meurtrier du restaurateur"
Le Petit Parisien du 07/08/1926, "Un restaurateur tué par un client"
L'Echo de Paris du 01/04/1925, "Autour du drame de Saint-Maur"
Le Rappel du 27/03/1925, "La tragédie de Saint-Maur : deux agents tués par un malfaiteur
Le Petit Parisien du 27/03/1925, "La légion d'honneur attribuée à Mourlon et à Lejeune"
Le Petit Parisien du 26/03/1925, "[...] prenant le parti d'un ivrogne arrêté, un passant tire sur les policiers"

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