Joseph ROUCHON

1920 - Le gardien de la paix Joseph Rouchon est abattu par un malfaiteur venu empêcher une arrestation à Saint-Etienne.

Né le 29 décembre 1872 à Saint-Etienne (Loire). Marié, sans enfant. Domicilié 16 rue Paillon à même commune.

Entré dans la police le 15 mars 1901 après un engagement volontaire de trois ans aux services armées passé au 4e régiment d'infanterie de marine à Toulon. Campagne au Annam (Indochine) du 20 septembre 1892 au 21 septembre 1894. Libéré de ses obligations avec le grade de soldat de 1ère classe.

Médaille d'or des actes de courage et de dévouement.

Inhumé au cimetière Saint-Claude.
Samedi 15 mai 1920. Il est trois heures de l'après-midi lorsque les agents de la sûreté Peyrache et Chabannis se présentent dans un hôtel garni de la rue de la République, commune de Saint-Etienne (Loire) ; porteurs d'un mandat d'amener du parquet de la Seine, ils viennent interpeller Yvonne Loget, vingt ans, dans le cadre d'une affaire de proxénétisme.

Tandis qu'ils conduisent la jeune femme jusqu'au poste de police de l'hôtel de ville, et qu'ils atteignent à pieds la Place Dorian, ils sont agressés par un individu venu s'interposer pour dégager la jeune femme de leur étreinte. Échouant dans cette tentative, le malfaiteur inconnu prend la fuite, suivi de près par l'inspecteur Girard et quelques riverains ayant assisté à la scène.

Sans aucun discernement, le malfaiteur exhibe une arme de poing et tire au jugé sur ses poursuivants. Il prend la direction de la Place Chavanelle tandis que les renforts policiers se constituent. Traqué, il est repéré en train de gagner le toit d'un petit immeuble de la rue de la Croix-Courette et tire sur les agents qui se risquent à monter les étages.

Avec quelques uns de ses collègues, l'agent Rouchon repère un accès depuis une maison mitoyenne, par une fenêtre donnant sur le toit d'où le forcené continuait de tirer au jugé. Cependant, à peine l'agent s'était mis à découvert dans le soubassement de la fenêtre qu'il est atteint à la poitrine par trois projectiles à faible distance, et s'affaisse.

Le forcené est finalement abattu quelques instants après alors qu'il tente de se frayer un chemin, arme au poing. Le gardien de la paix du 7e arrondissement Joseph Rouchon, quarante-sept ans, rend son dernier râle où il est tombé, en présence de ses collègues et du commissaire Labedan du même service. Son corps est transporté jusqu'à son domicile, 16 rue Paillon, où le commissaire central et le maire de la ville, MM. Delange et Soulié, viennent annoncer la terrible nouvelle à son épouse.

Dans ce même temps, deux trublions apologistes du bandit, et se réjouissant du décès du policier, étaient saisis au collet par des mains vigoureuses pour outrages et rébellion. Une foule indignée qui s'était pressée devant le poste de police en signe de soutien manquait de les lyncher.

Bien qu'affectée, la jeune Loget réfutait dans un premier temps connaitre l'agresseur. La perquisition minutieuse de son logement permettait d'identifier le forcené comme étant un souteneur du quartier Chavanelle, David Clément, vingt-huit ans. Originaire de Clermont-Ferrand, Clément était devenu la terreur des bals populaires locaux et répondait au surnom de Dédé le boxeur, rapport à son imposante constitution physique et son rapport violent avec les jeunes femmes publiques de la ville. Poussé à l'exil du fait de ses activités interlopes, il avait trouvé refuge chez la fille Loget avec laquelle il s'était mis en couple à Saint-Etienne.

Les obsèques officielles de l'agent Rouchon entrainent un vaste concours populaire ; prises en charge par la ville de Saint-Etienne et célébrées en présence de personnalités officielles, dont le préfet de la Loire, d'une délégation du 38e régiment d'infanterie et du 14e régiment de dragons. Le cortège funèbre partait du domicile du défunt pour une messe célébrée à l'église Saint-Ennemond. Inhumé au cimetière Saint-Claude.

Le 21 mai, les nommés Jean Carré et Pierre Gessant, qui s'étaient réjouis publiquement de la mort de l'agent Rouchon, sont condamnés respectivement par le tribunal correctionnel à huit et six mois de prison et envoyés au dépôt.

Sources et références :
Fiche matricule militaire N°1473, classe 1890 (engagé volontaire), recrutement Saint-Etienne
Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 22/05/1920, "Après le meurtre de l'agent Rouchon"
Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 19/05/1920, "Les obsèques imposantes de l'agent Rouchon"
Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 17/05/1920, "Le drame de la rue de la Croix-Courette"
Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 16/05/1920, "Un agent tué par un souteneur qui est tué à son tour"

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