Jean-Baptiste MAURS

Illustration de Henri Meyer, "Attaque de trois gardiens de la paix"
Dimanche 18 Février 1900. Il est cinq heures du matin lorsque trois rôdeurs alcoolisés écument le quartier de la Butte-aux-Cailles, 13e arrondissement de Paris. Renversant les étalages des boutiquiers, bousculant et injuriant les passants, les ivrognes âgés d'une vingtaine d'années finissent par provoquer l'intervention des gardiens de la paix Coppier et Schmettezki. Rue de Vergniaud, ils maitrisent tant bien que mal deux des trois trublions : Eugène Hocquart dit gobelette, et Louis Chevalier dit trois-pattes, et les emmènent jusqu'au commissariat pour outrages à agents et ivresse publique manifeste. Alors que Hocquart se débat vigoureusement en incitant à l'émeute les malandrins qui les encerclent, les gardiens de la paix Baudoin et Maurs, en poste-vigie rue de la Glacière, viennent prêter main forte.

C'est à cet instant que le troisième de la bande, Jules Guyomar dit le breton, dix-neuf ans, revient à la charge sur l'agent Maurs et le frappe à trois reprises à la nuque et à la tête avec un redoutable stylet. Les coups sont donnés avec une telle force que la lame se brise dans le crâne de la victime. Le scélérat tente de prendre la fuite mais il est terrassé d'un violent coup de poing porté par l'agent Coppier. Il apparait au bulletin criminel que les trois malfaiteurs faisaient l'objet de recherches pour des centaines de vols de nature avicole commis de manière sérielle sur l'arrondissement.

L'agent Maurs est transporté jusqu'à l'hôpital Cochin. Il y reçoit la médaille d'or pour acte de courage et de dévouement des mains de M. Laurent, secrétaire général de la préfecture de police. Mais il meurt agonisant, à l'âge de quarante-et-un ans.

Né à Saint-Parthem (Aveyron), le 30 mai 1858, marié, deux enfants. Le gardien de la paix Jean-Baptiste Maurs avait accompli une période de cinq ans de service militaire à la 16e section d'infirmiers militaires. Depuis son entrée à la Préfecture de police, il appartenait à la brigade du 13e arrondissement où il avait été nommé le 1er janvier 1886.

D'un caractère énergique, il s'acquittait de son service avec beaucoup de zèle. Il avait deux frères dans l'administration : l'un gardien de la paix à Paris et l'autre sergent de ville en banlieue. Inhumé le 22 février suivant, au cimetière du Montparnasse, dans le tombeau des Victimes du devoir de la Préfecture de police.

Trois mois plus tard, le jury de la cour d'assises de la Seine condamne Guyomar à mort pour le meurtre de l'agent Maurs. Toutefois, en raison de son jeune âge, un recours en grâce est signé en sa faveur le jour même du verdict. Le recours est validé le 11 juillet de cette même année et la peine capitale commuée aux travaux forcés à perpétuité. Guyomar est envoyé au bagne calédonien jusqu'à sa mort.

Sources et références :
Conseil municipal de la ville de Paris, rapports et documents, année 1913, page 141
La Lanterne du 20/05/1900, "Condamnation à mort"
Le Petit Journal du 20/02/1900, "Le drame du boulevard d'Italie"