Alfred-Etienne MOUROT

Arrestation de Mégy, évacuation du corps de l'inspecteur Mourot. Illustration 1870
Vendredi 11 Février 1870. Henri Dorville, quarante-huit ans, commissaire de police attaché au quartier des Archives, a reçu pour instruction du juge Bernier l'exécution d'un mandat d'amener et de perquisition à l'encontre d'un certain Edmond Mégy, vingt-six ans, membre de l'association international des travailleurs. Une trentaine d'interpellations connexes ont lieu dans le même temps. Avec d'autres complices, cet ouvrier-mécanicien est effectivement recherché dans le cadre d'une enquête portant deux motifs : complot contre la sûreté de l'état, provocation à l'attentat contre la vie de l'Empereur.

Le commissaire est accompagné de son secrétaire, M. Dumanchin, et de deux inspecteurs, MM. Mourot et Petit-Colas. Il est six heures du matin lorsque les quatre policiers se présentent discrètement au domicile du suspect, 78 rue des Moines, aux Batignolles, 17e arrondissement de Paris. Il s'agit d'une maison de ville de belle apparence de trois étages. Le concierge leur désigne une porte au deuxième étage, où Mégy vit en garni.

Le palier, alors plongé dans l'obscurité totale, n'est faiblement éclairé que grâce aux allumettes tenues en mains par les policiers. Alors qu'ils tentent d'entrer au moyen de la clef laissée à l'extérieur, la porte demeure verrouillée. Le commissaire toque à plusieurs reprises et annonce sa qualité de vive voix. Mégy se manifeste derrière la porte, prétextant qu'il s'habille, mais ne l'ouvre aucunement. Dix minutes s'écoulent lorsque le commissaire indique qu'il est détenteur d'une mandat de justice à son encontre et qu'il va entrer de force. Alors que l'inspecteur Petit-Colas manipule de nouveau la serrure, la porte s'ouvre brusquement et un coup de feu claque aussitôt. Le projectile blesse le commissaire Dorville à la joue droite, et vient frapper la tempe de l'inspecteur Mourot, qui se trouvait juste derrière lui.

Mégy referme la porte et se barricade, appelant le voisinage à l'émeute pour le libérer. Appels qui ne seront pas suivis d'effet. Le commissaire envoie son secrétaire demander du renfort ; et ce dernier revient avec sept sergents de ville et un médecin. Confronté à l'inutilité de résister, Mégy se rend. La perquisition amène à la découverte de nombreuses pièces à convictions manuscrites, d'armes et de nombreuses munitions. Le pistolet à piston à un coup, ayant servi au crime, est découvert.

L'inspecteur Mourot, trente-cinq ans, est transporté à l'hôpital Beaujon où son décès est constaté. Il était marié et père d'une petite fille âgée de quatre ans. Ses obsèques sont intégralement prises en charge par l'administration, à son initiative, ce qui était jusqu'alors inédit. Elles ont lieu à l'église Saint-Philippe-du-Roule. Napoléon III octroie le même jour une pension de 600 francs à la veuve de l'agent tué. 

Né le 7 octobre 1837 à Paris, l'agent Mourot avait accompli une période de service militaire d'une durée de quatre ans avant d'intégrer l'administration le 1er avril 1867, comme auxiliaire au service de la police municipale. Il fut nommé le 1er septembre suivant inspecteur de police au service de la sûreté. Il est inhumé au cimetière de Montmartre.

Le 8 août 1870, bénéficiant de circonstances atténuantes, Mégy est condamné à vingt ans de travaux forcés par la haute cour de justice. Durant le procès, la défense a tenté de démontrer que l'interpellation a été réalisée dix minutes avant l'heure légale par des policiers en bourgeois dont on pouvait douter de la qualité, et que l'intrusion au domicile pouvait être injustifiée.

Un mois plus tard, à la faveur de l’insurrection parisienne de 1870-1871, mis en avant par sa condamnation, Mégy était libéré par les communards et devenait un meneur de l'insurrection marseillaise. Condamné à mort par deux fois, après la défaite de La Commune, il fuit jusqu'en Colombie où il meurt malade en 1885.

Le nom de l'inspecteur Mourot est inscrit au monument dédié aux victimes du devoir de la préfecture de police.

Sources et références :
L'univers du 26/04/1912, "L'assassinat d'un commissaire de police"
Le Radical du 28/01/1885, "Mort de Mégy"
La Presse du 31/07/1870, "Tribunaux, haute cour de justice séant à Blois"
Le Figaro du 13/02/1870, "Arrestation suivie de meurtre"
Le Gaulois du 13/02/1870, "L'affaire de la rue des Moines"