Fernand VATE, Henri BERNARD et Gaston WACHEUX

Fernand Vaté (en haut), 33 ans, était originaire de Vanves était marié et père de deux enfants, entré dans l'administration en 1934 en qualité d'inspecteur aux renseignements généraux, il devenait secrétaire du commissariat de Vanves en 1938.

Originaire d'Hérinoncourt (Doubs), l'inspecteur Henri Bernard (au centre) était entré dans l'administration en 1922. Âgé de 40 ans, il était marié et père de trois enfants.

Originaire de Sallaumines (Pas-de-Calais), le sous-brigadier Gaston Wacheux était âgé de quarante-six ans. Entré dans l'administration en 1920, il était célibataire et sans enfant.

Les trois policiers, victimes du devoir, ont reçu la médaille d'or pour actes de courage et de dévouement.
En novembre 1939, le commissariat de police de Vanves (Hauts-de-Seine) est saisi de plusieurs plaintes contre X pour des vols de bicyclettes dans les vestiaires des ouvriers de l'usine métallurgique d'Issy-les-Moulineaux. Une indication anonyme permettait aux enquêteurs de remonter jusqu'à un certain Paul Vocoret, vingt-huit ans, débardeur de profession.

Au terme d'une adroite filature, ils découvrent que ce dernier vit dans un hôtel lugubre du 56, Avenue du Bas-Meudon sur l'île Saint-Germain avec un complice, Claude Noé, vingt ans, manouvrier de cette même usine.
A la nuit tombée du 14 Novembre, quatre agents se rendent à cette adresse pour procéder à l'arrestation des malandrins ; mais ils ne savent pas que le frère du principal suspect, Marcel Vocoret, trente-deux ans, y a trouvé refuge après s'être évadé deux mois plus tôt de la maison d'arrêt de Caen.

Ce solide bagnard y purgeait une lourde peine de quinze ans de travaux forcés pour complicité dans un meurtre crapuleux commis en 1936.
Les deux chambres occupées au deuxième étage de la morne bâtisse donnent sur un appentis. Lorsque les policiers se manifestent, ils perçoivent du remue-ménage. Cinq personnes y sont effectivement présentes : les frères Vocoret, le complice Noé et deux femmes de moeurs légères.
Persuadé que les policiers viennent le trouver précisément, le fugitif saisit l'une des cinq armes de poing stockées dans la chambre : un revolver de cavalerie modèle 1870 et va se dissimuler derrière un rideau près de l'entrée.

Le secrétaire suppléant du commissariat Fernand Vaté, qui a tenu à participer à l'opération, découvre la cachette et tente aussitôt de ceinturer le misérable. Dans le pugilat, le commutateur est brisé, plongeant les pièces dans le noir. Le forcené tire et blesse mortellement le gardien de la paix Gaston Wacheux venu prêter main forte. C'est aussi malheureusement le seul des trois policiers à être armé. Dans le même temps, Paul Vocoret s'est saisi deux pistolets Herstal 6,35 qu'il dissimulait et exécute à bout touchant l'agent Vaté.
Il prend la fuite par l'appentis, précédé par son frère ainé et son complice. Il aperçoit à la fenêtre de la chambre voisine l'inspecteur Henri Bernard qui tente de se mettre en opposition. Alors que celui-ci saisit un pot de fleurs comme seul moyen de défense pour l'empêcher de tirer, il est lâchement abattu.

Depuis le rez-de-chaussée, alerté par les détonations, le brigadier Henri Bourderioux gagnait les étages et neutralisait Paul Vocoret, frappé d'une balle au bras gauche. Son complice était appréhendé sur les berges de Seine au cours de la nuit.

L'enquête confiée à la brigade spéciale de la police judiciaire détermine que les deux pistolets Herstal et leurs chargeurs ont été achetés quelques jours avant le drame par Paul Vocoret dans un armurerie de Boulogne. Le 5 décembre, Marcel Vocoret était découvert dans le Café Normand, 174 rue de la Porte-Jaune à Saint-Cloud. Vivant de rapines et extorquant par la violence des repas ou les fonds de caisse des débitants dans le secteur, son signalement avait fini par attirer l'attention de la police judiciaire, sûre de retrouver le sinistre bandit.

Le 28 décembre de la même année, alors qu'ils se renvoyaient chacun la responsabilité de la fusillade, la deuxième chambre du tribunal militaire de la Seine condamnait les frères Vocoret à mort. Noé écopait des travaux forcés à perpétuité. La double exécution par guillotine avait lieu le 15 mars 1940 à la prison de la Santé.

Sources :
Le Petit Parisien du 29/12/1939, "La mort pour les frères Vocoret"
Le Journal du 06/12/1939, "L'arrestation de Marcel Vocoret"
L'Action Française du 19/11/1939, "Obsèques des trois policiers victimes du devoir"
Le Matin du 16/11/1939,"La fusillade de l'île Saint-Germain"
Le Matin du 15/11/1939, "Trois policiers abattus par des malfaiteurs qu'ils arrêtaient"