Etienne BUFFET

1804 - L'inspecteur de police Etienne Buffet est abattu par le conspirationniste Cadoudal au carrefour de l'Odéon à Paris. Il est la première victime du devoir inscrit au monument de la Préfecture de police. Âgé de 43 ans, il était marié, père de trois enfants et demeurait rue des Prouvaires. Attaché, sous le Directoire, au Bureau central du canton de Paris comme inspecteur de police, il fût, lors de l'institution de la Préfecture de police en l'an 1800, maintenu dans ses fonctions et placé sous les ordres des officiers de paix Petit et Destavigny, chefs de la première attribution de Sureté.
Vendredi 9 Mars 1804. Georges Cadoudal, ex-chef des Chouans, est recherché activement depuis deux jours dans le cadre d'une conspiration visant à assassiner le Premier Consul Napoléon Bonaparte. Royaliste élevé dans la crainte de Dieu, celui-ci entend effectivement renverser la République et restituer la France à son Roi légitime, avec l'appui de l'Angleterre. Pour mener à bien son crime, il s'est entouré de fidèles morbihannais : Joyaut, Gaillard et Burban. Réunis dans un cabaret de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, 5ème arrondissement de Paris, les hommes guettent l'arrivée d'un complice dans son cabriolet : Léridant. Ce dernier doit transporter Cadoudal pour le réfugier temporairement chez un parfumeur de la Rue du Four.

Le cabriolet en question, une disgracieuse voiture à caisse jaune clair portant un grand numéro 53 écrit en noir, est fourni par un ami de Léridant, un certain Goujon. Or, ce dernier n'est autre qu'un indicateur de la police. Bien renseigné sur l'assassinat qui se prépare, l'entourage de Bonaparte a donc mis en place un dispositif devant permettre l'arrestation de Cadoudal à bord de l’immanquable cabriolet. Mêlés à la population parisienne, plusieurs inspecteurs de police étaient disséminés dans les voies et cabarets du quartier du Panthéon.

Il est sept heures du soir lorsque Cadoudal tente de monter à bord du cabriolet. Dans le même temps, quatre inspecteurs en bourgeois se précipitent pour l'interpeller mais font face aux complices. L'inspecteur Calliole est lacéré avec un poignard. Sans désemparer, les agents poursuivent à pieds le cabriolet, appelant de vive voix le renfort de la population. Ils parviennent à le devancer au carrefour de l'Odéon, l'inspecteur Buffet se plaçant face au cheval. C'est à cet instant précis que Cadoudal surgit avec une arme à feu et tire à deux reprises. Il tue l'inspecteur Buffet, frappé d'une balle en pleine tête, et blesse grièvement l'inspecteur Calliole. Ce dernier a néanmoins la force d'assommer le meurtrier d'un coup de bâton, aidé par d'autres acolytes et d'une foule de parisiens témoins de la scène.

Ligoté, le vigoureux et corpulent Cadoudal est transporté jusqu'à la Préfecture de police, où il est déclaré aussitôt : « Le premier consul a ordonné que les enfants des inspecteurs Étienne Buffet et Jean-François Calliole soient élevés aux frais de l'État. Tout ce qui a été pris sur Cadoudal, montant à une valeur de soixante à quatre-vingt mille francs en lettres de change, a été abandonné à la veuve et aux enfants d'Étienne Buffet; l'état de Calliole donne de grandes espérances pour sa vie. Le premier consul a chargé le grand juge de faire une enquête authentique pour découvrir le nom des citoyens qui, dans cette circonstance, ont manifesté leur courage et leur dévouement; ils seront récompensés par des distinctions d'honneur. » 

L'inspecteur Calliole est nommé officier de paix par l'empereur, et admis à faire valoir ses droits à la retraite par ordonnance du 31 juillet 1814. Le 25 juin 1804, Georges Cadoudal et onze de ses compagnons sont menés en place de Grève pour être guillotinés. Au juge qui lui reprochait d’avoir tué un père de famille, il eut répondu avec un aplomb désarmant : « La prochaine fois faites-moi arrêter par des célibataires ! ».

Sources et références :
Conseil municipal de Paris, rapports et documents, année 1913, page 115.
"Le Crime de 1804" de H. Gourdon de Genouillac, année 1873.