Emile TAZARD

1907 - Le sergent de ville Emile Tazard est abattu au milieu d'un attroupement armé destiné à faciliter la fuite de l'auteur d'un vol à Aubervilliers.

Né à Arieuf (Nièvre), le 11 décembre 1876, il incorporé le 15 décembre 1897 le 10e bataillon de chasseurs à pied, dont il fut libéré du service actif le 22 septembre 1900, avec le grade de caporal.

Entré à la Préfecture de police, le 1er avril 1901, comme sergent de ville stagiaire au commissariat de police de la circonscription de Neuilly-sur-Seine, il devint titulaire de son grade le 1er avril 1902. Il passa ensuite, en la même qualité, aux commissariats des circonscriptions de Courbevoie, Gentilly et Aubervilliers.

Surnommé amicalement l'instituteur par ses pairs, il était très estimé pour sa vaillance et sa disponibilité pour le service. Il repose au cimetière de son pa
Dans la nuit du samedi 30 Mars 1907, les agents Tazard et Vasseur, en uniformes, quittent le commissariat d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) afin de prendre leur service de nuit au poste des Quatre-Chemins. Alors qu'ils circulent à pieds sur l'Avenue de la République, ils sont alertés par les cris d'une victime à la poursuite de son voleur. Ce dernier vient effectivement de dérober une bicyclette à un militaire du 71e régiment d'infanterie en permission, alors qu'il venait de l'entreposer sous une porte-cochère.

Dans l'instant, les policiers aperçoivent l'homme à bicyclette dépourvue de lanterne, qui filait éperdument. Après une arrestation mouvementée, le bandit était maitrisé par les deux agents aidés de la victime. Conduit au poste avec difficultés, le malfaiteur oppose une vive résistance. Parvenus à l'intersection de la Rue Duvivier (actuelle Des Viviers), ce dernier prend soudain à témoin, d'une voix retentissante, une bande de rôdeurs et demande de l'aide.

Une dizaine de voyous se ruent sur les agents, lesquels sont copieusement roués de coups. Voyant leurs vies sérieusement menacées, l'agent Tazard exhibe son arme de poing mais l'un des truands lui porte aussitôt plusieurs estafilades avec un stylet.

L'agent Vasseur, qui lutte difficilement pour retenir le voleur avec son cabriolet, se voit dérober son arme de service ! Le truand tire aussitôt à une reprise, tuant le sergent de ville Emile Tazard, frappé par une balle mortelle qui l'atteint à la poitrine. Un autre complice tire deux autres coups de feu sur la victime avec une autre arme. Puis tout en tirant, les assaillants poursuivent l'agent Vasseur qui n'avait d'autres alternatives que de fuir.

Trois autres agents, MM. Davy, Bourgeois et Daumarie, alertés par les coups de feu, se précipitent pour prêter main forte avec deux témoins. Une fusillade éclate, mettant en fuite la bande. Ils neutralisent néanmoins le meurtrier désigné : Antonin Gailly, vingt ans ; un délinquant notoire demeurant au 25 Rue de l'Union. Le revolver d'ordonnance utilisé pour le meurtre est retrouvé dans la matinée sur l'Avenue de la République, jeté dans une cour d'immeubles.

Âgé de trente-et-un an, le sergent de ville Emile Tazard était célibataire, sans enfant. Il demeurait avec son jeune frère au 12, Boulevard de Stains. Très instruit et expérimenté, ses camarades le surnommaient amicalement l'instituteur. Le jour même, M. Laurent, secrétaire général de la Préfecture de police se rend au commissariat d'Aubervilliers où le corps de la malheureusement victime était déposé provisoirement. Après s'être recueilli, M. Laurent annonçait aux autres intervenants qu'en raison de leur belle conduite, ils seraient récompensés. L'agent Vasseur reçoit la médaille d'argent de 1re classe, et son collègue Daumarie reçoit la médaille d'argent de 2e classe.

Le juge Hastron est chargé d'instruire le meurtre de l'agent Tazard. Dès le lendemain, le juge met l'accusé en présence du cadavre de la victime. Confrontés aux récits des témoins, Gailly remet au juge des aveux partiels et désigne des complices : Alexandre Petitalot, trente-deux ans, considéré comme le meneur de la bande, Louis Job, vingt ans, auteur des deux autres coups de feu ayant atteint la victime, et Louis Thellier, dix-neuf ans, le voleur de bicyclette. Des mandats d'amener sont décernés contre Léon et Auguste Boër, Adrien Barreau, Théobald Martin et Félicien Beguin, auteurs de violences et voies de faits.

La cour d'assises de la Seine condamne en novembre 1907 huit des prévenus, Job étant décédé d'une tuberculose en détention : Gailly écope de la peine de mort. Gracié le 19 février 1908, il meurt à son tour peu de temps après d'une tuberculose à la prison de Fresnes. Petitalot écope de huit ans de réclusion criminelle, Thellier de six ans, jugés sans circonstances atténuantes ni remises de peine possible. Les autres obtiennent des peines de trois à deux ans.

Sources et références :
Gil Blas du 17/11/1908, "Nouvelles du Palais"
Le Matin du 24/11/1907, "A mort ! Le tribunal de Seine sans pitié avec les apaches"
La Lanterne du 24/11/1907, "Les tribunaux : le meurtre de l'agent Tazard"
Le Rappel du 08/04/1907, "
La Justice du 07/04/1907, "Faits divers" 
Le Journal du 02/04/1907, "L'affaire d'Aubervilliers"
Le Petit Parisien du 01/04/1907, "Encore un agent tué par les apaches"
L'Intransigeant du 01/04/1907, "Un apache tue un agent à Aubervilliers"