Joseph BESSE

1905 - Le gardien de la paix stagiaire Joseph Besse est abattu au milieu d'un attroupement hostile par un voyou désireux d'empêcher une interpellation à Ménilmontant.

Né à Bray-sur-Seine (Seine-et-Marne), le 14 juin 1880, Joseph Besse avait  incorporé le 16 novembre 1901 le 31e régiment de ligne, et fut libéré du service actif le 17 septembre 1904, avec le grade de caporal clairon.

Nommé, le 10 mai 1905, gardien de la paix stagiaire à la Préfecture de police, il fut, en cette qualité, attaché à la brigade du 20e arrondissement et demeurait au 290 Cours Gambetta.

Il est inhumé au cimetière de son pays natal.
Dans la nuit du lundi au mardi 4 Juillet 1905, vers deux heures du matin, une rixe éclate à la sortie d'un bar du 73 Rue des Amandiers dans le 20ème arrondissement de Paris. Une bande de voyous copieusement alcoolisés reproche au tenancier la fermeture de son établissement. Le tapage est tel, que les agents Moindrot et Besse, du poste central de la Place Gambetta, sont sollicités. Sur place, ils font face à une foule hostile et sont victimes de copieux jets de projectiles.

Face au N°4 de la Rue des Partants, l'agent Moindrot est pris à parti alors qu'il tente d'interpeller le trublion à l'origine de la rixe, Auguste Mathas, vingt ans. Le gardien de la paix stagiaire Joseph Besse tourne le dos à la foule qu'il tenait en respect du haut de ses 1m85, et vient lui prêter main forte. C'est précisément à cet instant qu'un comparse de Mathas exhibe une arme de poing et fait feu à bout touchant sur le policier. Le tueur, au visage découvert, prend aussitôt la fuite.

Atteint à la tête, l'agent Besse est admis conscient à l'hôpital Tenon dans un état désespéré. Il reçoit dans la matinée la médaille d'honneur de première classe en or, que lui remet le Préfet de police en personne. Il meurt dans l'après-midi, vers deux heures après avoir sombré dans le coma. Il n'avait que vingt-cinq ans.

Le matin même, les services de la Sûreté investissent le quartier Ménilmontant et procèdent à des rafles incessantes. Plusieurs témoins désignent alors un surnom prêté au tueur : Félo l'apache ou Félo de Charonne. L'officier de paix  du 20ème arrondissement, M. Reiss, fait immédiatement le rapprochement avec un certain Félix Boulay, dix-neuf ans, un malfaiteur connu depuis l'adolescence pour de nombreux délits mais également un meurtre crapuleux commis quatre ans plus tôt avec sa bande.

Tandis que les témoins sont entendus par le juge d'instruction, M. Larcher, un dispositif est mis en place au domicile de l'intéressé, dans un hôtel meublé du 60 Rue des Amandiers. Si le tueur est introuvable, les inspecteurs mettent néanmoins la main sur trois félons venus, par un curieux hasard, déménager ses effets personnels. Les inspecteurs remontent habilement la trace de l'assassin, lequel s'était réfugié un temps chez un complice, un militaire venant de finir ses classes au 29e régiment d'artillerie.

Endossant son uniforme, Félo espérait passer inaperçu dans les grandes avenues de Charonne, alors très fréquentées le soir par les militaires du régiment. Expérimentés, les inspecteurs de la Sûreté obtenaient une information décisive : un militaire ne regagnant pas son casernement logerait à l'hôtel Terminus, sur le Cours de Vincennes. Au terme d'une surveillance, Boulay était interpellé dans une chambre en compagnie d'une femme de moeurs légères, et emmené au poste central de la Place Gambetta. Son arrestation s'ébruitant, une foule hostile de deux mille personnes se regroupait sur la dite place, réclamant à corps et à cris le lynchage du malfaiteur. Ce dernier est inculpé d'homicide volontaire avec préméditation et placé avec l'ensemble de ses complices sous mandat de dépôt à La Santé.

Reconnu des témoins, et notamment par l'agent Moindrot, Boulay remet des aveux circonstanciés, arguant qu'il a bien voulu défendre un ami sur le point d'être pris par des policiers, mais simplement en tirant en l'air. Le revolver a été acheté chez un brocanteur de Belleville. Condamné à mort en décembre de cette même année par la cour d'assises de la Seine, sa peine est finalement commuée aux travaux forcés à perpétuité.

Sources et références :
L'Aurore du 01/03/1906, "L'assassin gracié"
Le Journal illustré du 07/07/1905, "Un crime d'apache, arrestation de l'assassin"
rapport du Conseil municipal de paris, année 1913