Louis-François JOUIN

1912 - Le commissaire Louis-François Jouin est abattu par le criminel Jean-Joseph Bonnot alors qu'il est découvert fortuitement au cours d'une perquisition à Charenton-le-Pont.

Né à Paris (5° arrondissement), le 20 octobre 1871, marié, un enfant. Commissaire de police de la ville de Paris, sous-chef au service de sûreté.

Engagé volontaire le 9 février 1891, au 2° régiment de zouaves, en garnison à Oran, il fut libéré, le 9 février 1895, avec le grade de sergent. Admis dans le personnel de la Préfecture de police, le 16 juillet 1895, comme inspecteur au service administratif de la direction générale des recherches, il devint, le 1er juillet 1898, secrétaire suppléant près les commissariats de police et, l'année suivante, secrétaire titulaire.

Il Passa successivement, en cette qualité, aux commissariats de Puteaux, de Pantin et des quartiers de la Gare et d'Amérique. Le 6 avril 1903, il vint remplir les mêmes fonctions auprès du chef de la sûreté. En août 1909, il fut nommé sous-chef de ce service et commissaire de Police de la ville de Paris.

Il était officier d'académie et titulaire d'une médaille d'honneur en argent. Très attaché à ses devoirs professionnels et passionnément épris de sa fonction, le commissaire de police Jouin, qui était un brave dans toute l'acception du mot, n'hésita jamais devant aucun des dangers qu'il rencontra au cours des périlleuses missions dont il fut chargé.
Mercredi 24 Avril 1912, vers 11 heures du matin, le service de sûreté de la Préfecture de police investit le n° 63 Rue de Paris, quartier du Petit-Ivry à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) pour une perquisition dans une bâtisse de deux étages. Les limiers exploitent l'environnement d'un suspect en lien avec les derniers membres encore en fuite d'une bande d'anarchistes violents, connue du grand public sous le nom de la bande à Bonnot.

Défrayant les chroniques depuis décembre 1911, auteurs de plusieurs vols accompagnés ou suivis de meurtres sordides, ces truands mobiles et organisés commettent leurs forfaits crapuleux au volant de puissantes automobiles de luxe pour échapper aux forces de l'ordre, démunies face à cette méthode peu conventionnelle. En outre, les bandits n'hésitent pas à tirer sur la foule pour couvrir leur fuite. En février 1912, le gardien de la paix Garnier, était abattu lâchement dans la capitale bondée alors qu'il venait d'intercepter les malfaiteurs dans une auto volée.

Au Petit-Ivry, le commissaire de police François Jouin, sous-chef de la sûreté, a tenu a être présent. Le tenant des lieux ne s'oppose pas aux cinq policiers qui lui font face et déclare être seul. Suivi de l'inspecteur principal Colmar, le commissaire Jouin, pénètre alors dans une chambre du premier étage où règne une obscurité presque complète. C'est un guet-apens. Accroupi dans l'ombre, prêt à riposter, Bonnot tire le premier. Le commissaire Jouin tombe frappé d'une balle à la tête, tandis que l'inspecteur Colmar est grièvement blessé à la poitrine. 

Bonnot parvient à prendre la fuite, mais il sera pris et tué cinq jours plus tard avec deux complices dans une intense fusillade à Choisy-le-Roi, alors qu'ils se sont réfugiés avec deux complices chez un sympathisant anarchiste. Un siège qui dure plusieurs heures, et qui se conclut par l'emploi de dynamite ! Une bonne partie de la presse exulte : Jouin est vengé ! « La bête est prise... La bête est morte ! ». On s’arrache les journaux d’informations et leurs multiples retirages.

Aux obsèques du commissaire Jouin, devant son cercueil, M. Steeg, Ministre de l'Intérieur, a prononcé a son sujet, les paroles suivantes : « Ce qui frappait dans l'homme hardi qui vient de nous être Prématurément arraché, c'est que son activité ne se contentait pas de la stricte observation du devoir : il apportait dans l'accomplissement de sa tâche une élégance de bravoure, une Coquetterie d'intrépidité qui faisaient de lui un merveilleux entraîneur d'hommes. « Il est mort à son poste, en chef, face à l'ennemi. « Nous le saluons. »

Les restes du vaillant sous-chef de la sûreté reposent au cimetière du Montparnasse, dans le tombeau des Victimes du devoir de la Préfecture de police. L'inspecteur principal Colmar, qui s'est remis de sa blessure, a reçu la croix de la Légion d'honneur. 

Sources et références :
Criminocorpus, 02/2017 "La bande à Bonnot, du mythe à la réalité"
Conseil de Paris, rapports et documents, année 1913, page 139