Théophile LANCELLE

1910 - Le sergent de ville Théophile Constant Lancelle est abattu par un malfaiteur alors qu'il constate la fermeture tardive d'un débit de boissons à Aubervilliers.

Né à Cambrai (Nord), le 2 juillet 1883, marié, un enfant. Il incorporait, comme engagé volontaire, le 8 mai 1903, le régiment de sapeurs-pompiers de la ville de Paris et libéré le 8 mai 1908 comme sapeur de 1re classe.

Nommé le 15 juin 1908, à son entrée à la Préfecture de police, sergent de ville des communes suburbaines de la Seine, il fut, en cette qualité, attaché au commissariat de la circonscription d'Aubervilliers.

D'un caractère énergique et courageux, le sergent de ville Lancelle se recommandait par sa manière de servir.

Il est inhumé au cimetière de Saint-Géry, dans sa ville natale.
Dans la nuit de dimanche au lundi 14 Novembre 1910, une pluie battante s'abat sur la commune d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Il est minuit lorsque les agents Roche et Lancelle se dirigent en uniformes au poste de police des Quatre-Chemins pour prendre leur service de nuit. Chemin faisant, ils constatent du tapage dans l'îlot qui leur est attribué, émanant d'un débit de vins sis 32 Rue Sadi-Carnot, habituellement fréquenté par des rôdeurs. Tenu par M. Rizzi, celui-ci ne respecte pas l'arrêté de fermeture réglementaire.

Alors qu'ils tentent d'entrer, la porte est maintenue fermée de l'intérieur et les agents font l'objet de quolibets. Expérimentés, ils empruntent alors la Rue de la Goutte-d'Or et décident d'attendre la sortie des consommateurs par un autre accès, depuis une cour intérieure, afin de pouvoir verbaliser le tenancier par la suite.

Alors qu'ils patientent, une personne âgée de soixante-dix ans, M. Stoltz, vient les mettre en garde : l'un des clients, un certain Etienne Senor, joue beaucoup trop du revolver. Pour prouver ses dires, il présente une blessure par balle récente à la cuisse infligée par le gredin à l'occasion d'un différend.

Quelques instants plus tard, deux individus quittent effectivement le bar par la cour intérieure. Alors que les policiers se placent en opposition, armes au poings, l'un des suspects fait feu à plusieurs reprises dans leur direction.

L'agent Roche tire à deux reprises sur l'assassin, en vain. Atteint à la poitrine, le sergent de ville Théophile Lancelle s'écroule inconscient ; il est transporté dans une pharmacie attenante mais il meurt quelques instants après. Âgé de vingt-sept ans, il était marié et père d'un enfant âgé de trois ans.

Avisé des faits, le commissaire de police d'Aubervilliers, M. Laurent, accompagné de renfort, se rend au 94 Rue de la Goutte-d'Or, où élisent domicile les frères Senor. Les policiers n'y trouvent que Dominique, ce dernier arguant que ses deux frères Etienne et Ange n'ont pas paru de toute la soirée. Les recherches se poursuivent sans succès.

Vers trois heures du matin, M. Hamard, chef de la Sûreté de permanence au Quai des Orfèvres, est averti par le chef de poste que le meurtrier vient de se constituer prisonnier. Lors de son interrogatoire, Etienne Senor, vingt-quatre ans, italien, paveur de métier, déclare au policier avoir pris peur en voyant les agents armés et tiré le premier de peur d'être abattu sans autre forme de procès.

La cour d'assises de la Seine condamne Senor à une peine de quinze ans de travaux forcés. Le jury a tenu compte de circonstances atténuantes : l'intention de donner la mort n'a pas été retenue, et l'accusé n'avait jusqu'alors aucun antécédent.

Sources et références :
L'Ouest-Eclair du 22/03/1911, "Le meurtrier d'un agent en cour d'assises"
La Lanterne du 16/11/1910, "Un agent assassiné"
L'Action Française du 15/11/1910, "Assassinat d'un gardien de la paix"