Pierre-Marie LUCAS

1894 - Le sergent de ville Lucas est tué à coups de sabre par un voyou alcoolisé à l'origine d'une rixe dans les rues de Courbevoie.
Dans la nuit du 6 au 7 octobre 1894, vers deux heures du matin, une violente rixe éclate entre plusieurs ivrognes, Rue Carle-Hébert à Courbevoie (Hauts-de-Seine). Bien connu des services de la sûreté, Jules Idoux, vingt-sept ans, se dispute avec trois larrons d'une longue soirée passée dans les cabarets locaux, d'où ils furent évincés. Leurs hurlements finissent par attirer les sergents de ville Lucas, Chaurand et Grapinet, lesquels pensent assister à une agression crapuleuse. L'un des trublions prenaient la fuite, mais décision était prise par les agents d'emmener les trois autres au poste de l'hôtel de ville.

Idoux se montre le plus excité des trois et se rebelle violemment. Il parvient à se saisir du sabre-baïonnette de l'agent Pierre-Marie Lucas, et à prendre la fuite sur près de trois cents mètres. Rattrapé sur la place Victor-Hugo, face au n°46, Idoux porte aussitôt trois coups de sabre dans le flanc droit de l'agent Lucas qui s'interposait. Le policier s'écroule agonisant. Dans le même temps, l'agent Chaurand portait un coup de sabre au bras meurtrier, en vain. Ce dernier s'échappe de nouveau. On emmène l'agent grièvement blessé jusqu'au commissariat, mais le malheureux, qui a perdu beaucoup de sang, meurt quelques instants plus tard.

Identifié sans difficulté, une souricière est mise en place au domicile du meurtrier, 26 rue Louis-Blanc. Idoux est interpellé par des agents en bourgeois au pied de l'immeuble alors qu'il est toujours porteur du sabre ensanglanté. Après complet dégrisement, il n'apporte aucune parole de repentir à son crime et se déclare même amnésique à cause des effets de l'alcool.

Lithographie de l'Univers illustré du 20/10/1894
Né à Plouigneau (Finistère), le 12 avril 1855, le sergent de ville de la banlieue parisienne Lucas était marié et père d'une petite Jeanne, âgée de huit ans. La famille vivait à quelques pas du lieu du drame, au 22 rue de Bezons.

Engagé, le 17 février 1876, dans les équipages de la flotte, il fut libéré, le 20 février 1881, comme matelot de 2' classe, fusilier breveté de 2eme classe. Après avoir été pendant quelque temps employé, en qualité d'homme d'équipe, à la Compagnie du chemin de fer de l'Ouest, il demanda son admission dans le personnel de la Préfecture de police et fut nommé, le 13 mars 1882, sergent de ville de 2e classe au commissariat de la circonscription des Lilas.

 Le 25 mai 1884, l'agent Lucas fit preuve de courage et de dévouement et eut sa tunique déchirée en arrêtant, malgré la plus vive résistance, un individu qui s'était livré à des voies de fait sur la personne du commissaire de police des Lilas pendant la fête communale. Il reçut à cette occasion les félicitations de ses chefs. Promu sur place, le 1er octobre 1885, à la 1re classe de son grade, cet agent fut, sur sa demande, attaché au commissariat de police de Courbevoie. Avant sa mort, il était par ailleurs proposé au grade de sous-brigadier.

Inhumés le 11 octobre 1894, dans une concession temporaire au cimetière de Courbevoie, les restes de ce malheureux agent furent exhumés au mois de juin 1895 et déposés sous le monument élevé aux Victimes du devoir, dans le même cimetière, par la municipalité de cette commune.
Idoux est condamné par le jury de la cour d'assises de la Seine à vingt ans d'interdiction de séjour en France et quinze ans de travaux forcés pour coups et blessures avec arme ayant entrainés la mort sans intention de la donner. 

Sources et références:
L'Intransigeant du 09/01/1895, "Tribunaux : la mort de l'agent Lucas"
Le XIXème Siècle du 09/10/1894, "Un sergent de ville assassiné"