Jean-Serge NERIN

2010 - Le brigadier-chef Jean-Serge Nérin est abattu sur un chemin rural par des membres de l'organisation terroriste ETA.

Né le 24 février 1958 à Cayenne (Guyane). Marié, père de quatre enfants.

Entré le 1er octobre 1979 à l'École nationale de police à Vannes ; affecté le 1er mars 1980 comme gardien de la paix stagiaire au commissariat de Dammarie-les-Lys où il fit toute sa carrière gravissant les échelons pour devenir brigadier-chef.

Il avait reçu la médaille de la Police Nationale et la gestion rigoureuse de sa brigade fut à plusieurs reprises soulignée par ses supérieurs. Ses obsèques officielles se tiennent à Melun, en présence des chefs d'état français et espagnol.

Le 17 Mars suivant, une rue de Dammarie-les-Lys est baptisée au nom du Commandant de police Jean Serge Nérin, en présence de sa famille et du personnel du commissariat où il aura passé toute sa carrière.
Mardi 16 Mars 2010. Un vol à main armée est commis dans un commerce de vente de véhicules d'occasion situé à la limite de la commune de Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne). L'enceinte grillagée du dépôt-vente se situe au milieu des champs, au bord d'une route qui permet de relier notamment le grand centre commercial de Villiers-en-Bière. 
 
Sous la menace de leurs armes, les malfaiteurs font main basse sur six véhicules et repartent en trombe, laissant le gérant et son employé ligotés, sous le choc. Il est environ dix-neuf heures.

Le vol n'est pas encore signalé ; un équipage de police composé d'un brigadier-chef et de trois gardiens de la paix remarque un véhicule BMW qui s'engouffre à très vive allure sur le chemin vicinal de Fortoiseau.

Les policiers intrigués progressent et voient trois hommes et une femme remplissant les réservoirs de quatre véhicules. Ils effectuent un contrôle sans avoir connaissance de ce qui vient de se produire. Des coups de feu retentissent en direction des policiers, néanmoins, ces derniers parviennent à neutraliser l'un d'entre eux et figent la situation. Ils saisissent un Smith & Wesson SW 1911 .45 ACP dont le numéro de série a été limé.
 
Soudain deux autres véhicules surgissent. Une nouvelle fusillade particulièrement nourrie éclate aussitôt, ne laissant aucune chance aux policiers.

Le brigadier-chef Jean-Serge Nérin, cinquante-deux ans, est atteint mortellement par deux projectiles au thorax provenant de deux armes différentes. L'un s'est logé sous l'aisselle où le gilet pare-balle ne le protège pas. Seize impacts de balles criblent le Renault Kangoo des policiers intervenants. Grâce à leurs complices, trois individus sont libérés et chargés à la hâte dans un Renault Espace. Ils repartent rapidement, abandonnant néanmoins l'un des leurs toujours menotté.

Recherché par la plus haute instance pénale espagnole, Joseba Fernandez Aspurz, vingt-sept ans, alias "PEQUEÑO" ne tarde pas à avouer son appartenance à l'ETA - Euskadi Ta Askatasuna. Les services anti-terroristes français et espagnols travaillent de concert pour retrouver ses complices.

Le 20 mai, interpellation de trois etarras à Bayonne : Mikel Kabikoitz Carrera Sarobe alias "ATA", identifié comme étant le chef militaire de l'organisation est pris avec son lieutenant, Arkaitz Agirregabirria del Barrio, alias "KEMEN", recruteur et remplaçant à la direction en cas de chute du premier.

"ATA" est soupçonné d'être l'auteur de l'un des tirs mortels sur le policier et "KEMEN" d'avoir été présent sur les lieux du crime, notamment lors du braquage du concessionnaire. Le troisième etarra est une femme :  Maite Aranalde Ijurco, déjà condamnée en 2009 pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste.

Interpellation également à Urrugne d'un couple de français formé par Benoît Aramendi et Laeticia Chevalier. Ces proches de l'ETA sont suspectés d'avoir fourni un appartement aux membres du commando et de les approvisionner.

Le 10 juin, interpellation d'un etarra à Saint-Mexant en Corrèze alors qu'il tente de dérober un véhicule. Considéré comme l'un des dirigeants militaire et logistique de l'ETA, Iosu Urbierta Alkorta a laissé une empreinte ADN sur un ruban adhésif destiné à bâillonner l'une des victimes du dépôt vente de Dammarie-lès-Lys.

Le 20 Octobre 2011, ETA déclare mettre fin à son activité de lutte armée. Le brigadier-chef Nérin serait donc la première et l'ultime victime policière française du terrorisme basque espagnol.

Le 14 Janvier 2012, interpellation de trois etarras en gare de Joigny dans l'Yonne. Jon Etxeberria Oiarbide, trente-trois ans, est intercepté alors qu'il descend d'un train, attendu par deux dirigeants de l'organisation de jeunesse "SEGI", considérée comme un vivier de l'ETA, selon le ministère de l'intérieur espagnol. Il est soupçonné d'avoir participé à la fusillade de Dammarie-les-Lys.

Le 28 octobre, interpellation de deux etarras dans un hôtel de Mâcon en Saône-et-Loire. Isazcun Lesaca Arguelles alias "ANE", est une figure majeure de l'ETA condamnée par contumace en 2007 et 2012 à des peines de quatre à six ans de prison au motif de "direction ou organisation d'un groupement formé en vue la préparation d'un acte de terrorisme." Ses empreintes ADN sont présentes sur les scènes de crimes de Dammarie-les-Lys.

Elle est accompagnée de Joseba Iturbide Ochoteco, tous deux en possession d'armes prêtes à faire feu. Les faits reprochés à ce dernier relèvent de l'association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste. L'enquête vise également toute une série d'infractions, comme la détention et le transport d'armes, le recel de vol en bande organisée ou encore le recel en bande organisée de financement du terrorisme.

En mars 2014, une ordonnance de mise en accusation de deux juges antiterroristes renvoie cinq accusés devant la cour d'assises spéciale de Paris pour homicide volontaire sur agent de la force publique et tentatives en lien avec une entreprise terroriste. Seront dans le box des accusés : "ATA", "KEMEN", "PEQUEÑO", "ALKORTA" et "ANE". Un sixième etarra toujours en fuite sera jugé en son absence, il s'agit de Xabier Goyenechea Iragorri alias "GOIENE", trente-quatre ans.

Le 18 Juin 2014, le tribunal correctionnel de Paris condamne "MAITE" a dix ans de prison pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste en récidive. Aramendi est condamné à quatre ans. Ces peines se confondent avec la durée de détention provisoire.

Le 8 Juillet 2015, "GOIENE" est interpellé avec un complice dans une maison d'Ossès (Pyrénées-Atlantiques), à la suite d'un renseignement exploité par la Direction Générale de la Sécurité Intérieure.

En décembre 2015, la cour d'assises spéciale de Paris condamne six etarras dont la participation au braquage du concessionnaire de Dammarie-les-Lys et au meurtre du brigadier-chef Nérin est irréfutable.  
Mikel Carrera Sarobe, désigné comme l'un des auteurs des tirs mortels a été condamné à la réclusion criminelle dite à "perpétuité". Xabier Goyenechea Iragorri, désigné aussi comme l'un des auteurs des tirs mortels a été acquitté de ce chef, et condamné à 14 ANS  de réclusion pour sa participation au braquage. Arkaitz Aguirregabiria del Barrio, 25 ANS de réclusion. Joseba Fernandez Aspurz et Iosu Urbieta Alcorta, condamnés à 16 ANS de réclusion. Enfin, Izaskun Lesaca Arguelles, 14 ANS de réclusion.

En décembre 2017, la cour d'assises spéciale de Paris juge quatre des six etarras condamnés ayant formulé un appel de leur jugement. Les peines prononcées en première instance resteront inchangées.

Sources et références :
Journal officiel n°66 du 19 mars 2010 page 5565, texte n° 7, "Citation à l'ordre de la nation"
Association française des victimes du terrorisme - AFVT.ORG
El Correo, article du 30/03/2014, "Un segundo asesino en el ultimo crimen de ETA"

1 commentaire:

  1. Mon père est intervenu avec le Brigadier-Chef ce jour là... Il est aujourd'hui Brigadier-Major au commissariat de Melun.

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